Le Souvenir Français
Délégation de la Haute-Savoie (74)
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Au Juvénat : un parcours mémoriel pour se souvenir de ses Justes

Lâcher de colombes lors de l’inauguration, afin de célébrer ce lieu qui donne du sens au mot engagement, aux vertus de la démocratie et de la paix. Le mur, avant d’être dévoilé, avait été drapé par les élèves d’art plastique, façon Christo.

L’établissement scolaire Saint-François, dit le Juvénat à Ville-la-Grand, a été le théâtre du sauvetage de 2000 Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. L’association le Parcours du Mur de la Frontière a créé un parcours mémoriel in situ.

Tous ceux qui ont étudié au Juvénat le savent : leur établissement est chargé d’Histoire. Un épisode de bravoure s’est joué entre ses murs, particulièrement un mur à cheval sur la frontière franco-suisse. Au sein de l’école, juste après l’Appel du 18 juin 1940 du Général de Gaulle, la Résistance s’est organisée grâce à la communauté religieuse.

Quatre hommes ont changé le destin de 2 000 personnes, et bien plus que cela dans l’absolu. Leurs noms : le directeur de l’école Père Frontin, les enseignants Pères Louis Favre et Gilbert Pernoud, et le jardinier Frère Raymond Boccard.

Ces frères missionnaires de Saint-François ont secrètement organisé le passage par le mur des Juifs et de résistants, dont une majorité d’enfants. Un sauvetage. Ces quatre frères furent reconnus “Justes”, personnes non juives qui ont sauvé des Juifs sans autre contrepartie sinon celle de risquer de mourir. Le Père Favre l’a payé de sa vie puisqu’après avoir été dénoncé à la Gestapo il a été fusillé en juillet 44.

De cette époque, il ne restait qu’un mur branlant et une cabane de jardin. C’est à partir de ces miettes que l’association du Mur de la frontière (composé de membres et d’élèves du Juvénat) a imaginé le projet du parcours mémoriel.

La tactique du béret

Imaginez seulement… Pendant la période de l’Occupation, la frontière est gardée par les Allemands, les douaniers français et suisses. Pour éviter d’être pris, ces missionnaires avaient inventé le stratagème du béret du jardinier, le Frère Raymond. Alors qu’un groupe de Juifs attendait cachés près du mur, il se positionnait au dernier étage de l’école pour faire le guet. Lorsque la voie était libre, il agitait son béret pour donner le signal. C’est alors que les autres Frères, en seulement deux minutes, faisaient escalader le mur aux fugitifs à l’aide d’une échelle. Pour certains, c’est la quarantaine qui les guettait de l’autre côté du mur en Suisse, d’autres les camps de travail ou bien les homes. Mais pas la déportation vers les camps de la mort…

On va parfois à l’autre bout du monde respirer des bouts d’Histoire, convoquer la mémoire des pierres. Au Juvénat dans l’agglo d’Annemasse, les pierres n’ont pas bougé depuis 80 ans et témoignent. «  Vous, élèves du Juvé, soyez fiers de cette mémoire et cultivez-la   » a exhorté Gabriel Doublet le président d’Annemasse Agglo.

Et le chef d’établissement Guénaël Morio de confier : «  On ne peut pas travailler au Juvénat en ignorant son histoire. Pour ma part, en pénétrant pour la première fois dans l’établissement, j’ai été parcouru de frissons   ».

Avec une gymnastique de l’esprit, on imagine les enfants lancés à bout de bras par les Frères par-dessus le mur, les bruits de botte à leur trousse. Avec ce parcours mémoriel qui retrace l’épopée des missionnaires héroïques de Saint-François, ce mur trouve une seconde vie. Et en plein milieu de ses pierres restaurées, une porte a été installée, qui reste ouverte.

Catherine Mellier, Article du 6 mai 2023
Arrestation du père Favre : c'était il y a 80 ans à Ville-la-Grand - louis-favre
Le révérend père Louis Favre devant le mur du Juvénat, porte d’espérances. Photo collection G.T. - reverend-pere-louis-favre-devant-mur-du-juvenat
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