Le Souvenir Français
Délégation de la Haute-Savoie (74)
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Février 1944, le Révérend Père Favre est arrêté à Ville-la-Grand

Le Juvénat, collège Saint-François, maison d’histoire, lieu de passage vers l’espérance aux heures sombres de Deuxième Guerre mondiale. Photo Collection G.T.

Louis Adrien Favre, troisième de quatre enfants, d’une famille paysanne, naît le 2 novembre 1910, le jour des morts, dans un hameau près de Bellevaux. Il n’a pas sept ans quand son père meurt pour la France. Prêtre, Professeur, passeur d’hommes et de documents depuis son Juvénat sur la frontière genevoise, arrêté le 3 février 1944, il tombe sous les balles nazies à un mois de la libération d’Annemasse.

Dès 1941, aux heures sombres de la Deuxième Guerre mondiale, le Révérend Père (R.P.) Louis Favre, au “croisement de l’angoisse et de l’espérance”, mène une action salutaire depuis son collège à la situation d’exception. Au mépris du danger, il n’obéit qu’à son cœur et à Dieu : « Je ne peux rester passif quand l’autorité divine est elle-même attaquée », tant que des victimes frappent à la porte de la congrégation. Les issues permettent la fuite par le jardin vers le Foron, la passerelle de Cornières, les buissons pour prisonniers de guerre évadés, Alsaciens et Lorrains fuyant les nazis, engagés volontaires de l’armée Gaulliste gagnant Londres, déserteurs de camps de jeunesse, réfractaires au service du travail obligatoire (STO), agents secrets, Israélites et autres proscrits. Les routes de l’espoir passent par Ville-la-Grand, refuge qui se vide à la première alerte. Aidé de Pères et de personnels, le révérend complète ses interventions passant renseignements, documents secrets et courriers à travers barbelés.

Interné, torturé, sacrifié…

Début 1944, la Gestapo resserre l’étau. Le 3 février à 4 heures de l’après-midi, cent Allemands avec chiens cernent l’établissement et enferment le personnel. Favre détruit des papiers compromettants. Il pourrait fuir mais préfère se rendre pour protéger des innocents. Interné au Pax à Annemasse puis à Saint-François d’Annecy, torturé, jamais il ne parle, jamais il ne trahit ou dénonce les réseaux. Réconfortant jusqu’au dernier souffle ses compagnons d’infortune. Dimanche 16 juillet, à l’aube de la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel sur le chemin de Vieugy, une rafale de fusil-mitrailleur dissimulé l’abat. (Mémorial pour l’oppression 3808 W ) « Ne nous plaignons pas, nous aurions pu être arrêtés plus tôt. » Une fois rencontrée, on ne peut oublier la mémoire de R.P. Favre, dont le visage, dit-on, “s’éclairait d’une douceur céleste quand il se penchait avec sollicitude sur ses protégés”. Elle sera honorée samedi 3 février.

Trois minutes et demie pour la liberté

Par sa situation unique sur la frontière franco genevoise, le Juvénat, école secondaire catholique, est refuge et passage privilégié au cours des années brunes de la Deuxième Guerre mondiale. À deux pas de la gare, sur le Foron frontière, en sautant d’une fenêtre de la façade nord-est et en longeant le mur, on part de France pour atterrir en Suisse espérée. Quand on ajoute la générosité, la charité, le courage et l’efficacité des Pères, on retrace des plus hauts faits de la Résistance au service de la liberté pour des milliers d’hommes et de femmes traqués.

Le R.P. Favre a calculé que 3,5 minutes s’écoulent entre le moment où la patrouille disparaît du champ visuel pour réapparaître à proximité du Juvé. De sa chambre sous les toits, Frère Raymond Boccard observe et donne le signal avec son bonnet. Il faut alors, dans le laps de temps libéré, bondir de la cachette, atteindre le mur, le franchir là où les barbelés sont détendus et atterrir sans bruit en Suisse. Vice-versa parfois.

SOURCE : Sources : René Mossu Secrets d’une frontière , J.-C. Croquet Chemins de passage , Nicole Giroud Mission et calvaire de Louis Favre , G.Taroni, Louis Gerdil Images d’autrefois.

Gilbert Taroni, Article du 27 Jan. 2024
Plaque commémorative

Ville-la-Grand — Plaque du Juvénat Saint-François-de-Salle

Ville-la-Grand — Plaque commémorative du Juvénat Saint-François-de-Salle

En mémoire de

Raymond BoccardLouis FavreGilbert PernoudPierre Frontin