Le Souvenir Français
Délégation de la Haute-Savoie (74)
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Suzanne et Émile Dupraz : quand la délation conduit à l’horreur nazie

Arrestation du couple formé par Suzanne et Louis François Émile Dupraz, parents d’Henri, a « outré la population de Scionzier » rapporte un témoignage manuscrit de l’époque.

Ce dimanche 28 avril, journée du souvenir des victimes de la déportation, l’Union nationale des combattants (UNC) Alpes de Scionzier effectuera, en présence de la famille, un dépôt de fleurs sur la tombe de Suzanne et Émile Dupraz, un couple de Schonverots déportés lors de la Seconde Guerre mondiale. Ce recueillement sera suivi d’une cérémonie devant le monument aux Morts.

Suzanne Dupraz néee Gervex et Louis François Émile Dupraz (dit Émile), respectivement nés le 11 mars 1903 et le 29 juin 1902, résidaient à Rovagny. Dans ce quartier de Scionzier, ils avaient un atelier de décolletage. Émile était aussi connu pour avoir été trésorier du FC Scionzier. Résistant, le couple appartenait à la compagnie 93-04 (F.T.P.F), dite la Patrouille-Blanche (F.T.P.F). Le 15 septembre 1943, à la mi-journée, ils sont arrêtés par la Gestapo, sur dénonciation (Mémorial pour l’oppression 3808 W 1510).

Leur crime ? Ravitaillement du maquis ou écoute des émissions de Radio Londres, ces motifs étaient la raison toute trouvée pour une vengeance personnelle, rapportent tous les témoignages de l’époque. Emmené à l’école d’horlogerie à Cluses, occupée par l’armée allemande et la Gestapo, Émile aurait aussi fait un passage par l’hôtel Le Pax, à Annemasse, un lieu de détention, de torture et d’exécution pendant cette période de l’Occupation. Le jeudi 16 septembre 1943, le natif de Scionzier et son épouse, avec aussi le Schonverot Eugène Dumont, ont été embarqués en train pour le fort de Montluc, à Lyon, prison au service du régime de Vichy. Un nouveau transfert a amené le couple à Compiègne, dans l’Oise, camp français placé sous l’autorité allemande.

Envoyés dans deux camps différents

Le 17 janvier 1944, quatre mois après leur arrestation, le destin de Suzanne et Émile se scinde en deux. À l’âge de 41 ans, Louis François Émile est déporté à Buchenwald, l’un des grands camps de concentration établis en Allemagne par le régime nazi, réservé jusqu’à cette année-là aux hommes. Il reçoit le matricule 39983. Émile a ensuite été transféré à Dora-Mittelbau, un sous-camp de Buchenwald. Le 8 avril 1944, arrivé au camp de Bergen-Belsen, il a vécu l’horreur dont ont témoigné ses compagnons de fortune. Ce camp a eu raison de lui, décédant le 14 juillet 1944 d’une violente maladie infectieuse.

Émile Dupraz figure sur le monument aux Morts schonverot aux côtés de celui de Gaston Rol, déporté.

Quelques jours après son mari, le 30 janvier 1944, Suzanne a été déportée à Ravensbrück, sous le matricule 27125. Dans le convoi qui l’a amenée dans ce camp de concentration pour femmes, Geneviève Anthonioz-de-Gaulle était avec elle. De cette période, « une amitié fidèle » entre les deux résistantes est née, comme en témoigne la dédicace de la main de la nièce du général de Gaulle sur un exemplaire du livre Des Français à Ravensbrück.

Retour à Scionzier

Arrivée le 3 février dans le camp allemand, celle qui est née à Marnaz au sein d’une famille Gervex, est affectée le 13 juin au kommando de Zwodau, en République tchèque, dépendant du camp de Flossenbürg. Immatriculée 51793, elle a été forcée au travail afin de produire pour l’industrie. Le 13 avril 1945, elle a fait partie de la colonne d’évacuation qui a été reprise le 22 avril. La libération du kommando a eu lieu le 7 mai 1945 par les Américains.

Suzanne est revenue à Scionzier dix jours plus tard, passant d’abord par le Lutetia, un hôtel parisien transformé en centre d’accueil des rescapés des camps de concentration. En vallée de l’Arve, elle a retrouvé son fils, Henri, alors âgé de 17 ans. Elle a repris en main, avec ce dernier, l’entreprise de son défunt époux. Suzanne est décédée en 1993.

Témoignages vidéos

Film : 60 ans après à Buchenwald-Dora

Lucien Colonel, matricule KLB9777, voyage de la mémoire 60 ans après à Buchenwald-Dora : Film sur Lucien COLONEL, déporté le 17 janvier 1944 à Buchenwald, à Dora puis aux Kommandos d’Osterhagen, de Mackendrode et de Wieda. Au total, il restera 18 mois détenu, dont 16 mois en univers concentrationnaire. Il avait alors 19 ans. Il revient 60 ans plus tard avec de jeunes lycéens Annécien…

Film : Déporté à Dachau dans la tourmente.

Déporté à Dachau dans la tourmente. Témoignage de Roger Lugon Moulin (déporté Haut-Savoyard - Matricule 75767) sur les conditions de son arrestation et sa détention à Dachau.

Isabelle Corbex, Article du 27 avr. 2024