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Délégation de la Haute-Savoie (74)
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Marianne Cohn, trop tôt assassinée à Annemasse

Résistante Marianne Cohn assassinée à Annemasse

Marianne Cohn est une figure indissociable de l’histoire de la ville d’Annemasse pendant la Seconde Guerre mondiale, victime de la barbarie nazie le 8 juillet 1944 et assassinée à l’âge de presque 22 ans. 2022 est une année un peu particulière, puisqu’elle aurait eu 100 ans, le 17 septembre.

Le 17 septembre 1922, Marianne Cohn naît à Mannheim (où une rue lui rend hommage). Elle y passe son enfance et y est scolarisée avec sa sœur, Lisa, née en 1924. Dès 1928, la famille vit à Berlin-Tempelhof. Au printemps 1933, peu de temps après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, son père, Alfred Cohn, cherche à quitter l’Allemagne. En avril 1934, la famille part pour Barcelone. Avec son père, Marianne Cohn s’investit dans une association qui aide les réfugiés juifs de la ville. La guerre civile éclate en Espagne en 1936, Marianne et Lisa sont envoyées chez un oncle maternel, à Paris, où elles sont scolarisées avant de partir en Suisse, en 1937, placées séparément dans deux familles d’accueil à Berne. En 1938, toute la famille se retrouve réunie à Paris.

Les parents de Marianne Cohn sont internés au camp de Gurs (car citoyens allemands) et les deux sœurs sont prises en charge par les Éclaireurs israélites de France. En 1941, elle participe au MJS (Mouvement de jeunesse sioniste). En 1942, elle s’occupe d’enfants juifs en France, menacés de déportation. Elle est incarcérée à Nice, en 1943, à la suite de l’arrestation de son camarade, Jacques Klausner. Elle est relâchée trois mois plus tard. C’est pendant cette première détention qu’elle aurait rédigé son célèbre poème, Je trahirai demain, pas aujourd’hui.

D’abord simple assistante chargée de surveiller les enfants avant leur départ pour la Suisse, Marianne Cohn intègre l’équipe des convoyeurs, en janvier 1944. Chaque semaine, deux ou trois groupes, comptant chacun jusqu’à une vingtaine d’enfants issus de toute la zone sud, franchissent clandestinement la frontière, après être passés par Lyon et Annecy.

Un fort engagement auprès des enfants

Au printemps 1944, elle s’engage dans le second service de passage en Suisse. Elle va réussir à conduire 207 enfants vers la liberté. Mais elle est arrêtée le 31 mai 1944 à la sortie de Viry, près de Saint-Julien, avec son neuvième et ultime convoi de 32 enfants juifs (de 3 à 18 ans). Parmi eux, Alice Lentz (décédée en 2021, à l’âge de 93 ans) et Sam Jacquet (décédé en 2019, à l’âge de 91 ans). Le groupe est emprisonné le 1er juin 1944, à Annemasse, à la prison du Pax (en face du siège de la Gestapo). Marianne Cohn (inscrite au registre d’écrou de la prison au nom de Marie Colin), torturée, ne parle pas. Malgré la préparation d’une opération d’évasion, Marianne Cohn refuse de se séparer des enfants. Dans le même temps, grâce à l’intervention du maire de l’époque, Jean Deffaugt, les plus jeunes enfants sont libérés.

Après avoir été sortie de la prison du Pax, Marianne Cohn est sauvagement assassinée dans la nuit du 7 au 8 juillet 1944, en compagnie de cinq compagnons d’infortune. Les six seront découverts le 31 août, à Ville-la-Grand, que l’on nommera le bois du Charnier.

En septembre prochain, autour du 17, l’anniversaire de la naissance de Marianne Cohn, sera célébré avec des tables rondes, des auteurs, des invités et une exposition. Un temps officiel est prévu le 18 septembre.

CÉRÉMONIE CE JEUDI 18 AOÛT

La cérémonie de commémoration du 78e anniversaire de la Libération de la ville d’Annemasse aura lieu ce jeudi 18 août, à partir de 17h30. Annemasse a été libérée le 18 août 1944 de l’occupation allemande, lors de la Seconde Guerre mondiale. Le rassemblement aura lieu place de l’Hôtel-de-Ville, à 17 h 30, pour former un cortège qui rendra hommage à tous ceux qui ont participé à la Libération de la Ville, avec un passage obligé par les lieux qui ont marqué cette période et cette journée (prison du Pax, stèle Jean-Deffaugt). Une cérémonie au monument aux morts aura lieu.

Au matin du 8 juillet 1944, Marianne Cohn et ses compagnons d’infortune sont exécutés dans le bois des Côtes, appelé bois du Charnier à Ville-la-Grand.

Le bois des Côtes : un lieu de mémoire à respecter

En s’enfonçant légèrement dans le bois du Charnier, depuis la rue Claude Debussy, on fait 50 mètres à pied, à l’endroit où une stèle indique l’emplacement exact du charnier avec une inscription, «  Cette borne indique l’emplacement exact où sont tombées les victimes de la barbarie nazie   ». Dans ce bois, deux panneaux indiquent que ce lieu est chargé d’histoire et qu’il doit être respecté.

À l’entrée, une stèle a été érigée. Depuis le 27 mai 2022, date de la journée nationale de la Résistance, une plaque a été dévoilée, retraçant les dernières heures de six personnes exécutées : Marthe-Louise Perrin, 45 ans, Paul Regard, 36 ans, Félix Debore, 35 ans, Julien Duparc, 25 ans, Henri Jaccaz, 23 ans, et Marianne Cohn, 22 ans

Sabine PELLISSON, Article du 16 août 2022