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Il y a 78 ans, la libération d'Annemasse : l’agglomération se recueille

Il y a 78 ans, la libération d'Annemasse : l’agglomération se recueille

Ce jeudi 18 août, devant l’hôtel de Ville, des badauds se demandent ce que le cortège fait là. En musique, aux pas imprimés par l’orchestre à vent de la Ville d’Annemasse, ils décident de le suivre. Dans le cortège, des corps constitués, des représentants d’associations d’anciens combattants, des citoyens, des élus, quelques enfants et des curieux.

Premier arrêt avenue de la Gare, devant l’ancienne prison du Pax et au siège de la Gestapo (de l’autre côté de la rue), où s’est joué le dernier épisode de cette tragique et libératrice journée. Thierry Loron, président des Amis de la Résistance (comité Annemasse-Genevois de l’association nationale des anciens combattants de la Résistance), a présenté à l’assemblée, une archive audio historique et inédite de la RTS. Elle retrace le premier anniversaire de la libération d’Annemasse, en date du 18 août 1945.

Avec émotion, on entend les voix de ceux qui ont vécu ce jour-là. Le lieutenant Rengain, de l’Armée Secrète (AS), ou le lieutenant Déturche, expliquant les barrages installés à Arthaz et Mornex, en collaboration avec l’AS. L’ancien maire de Gaillard, Louis Simon, prend la parole et explique le ravitaillement et la reddition allemande, où ils ont fait croire aux occupants nazis qu’ils étaient 10 000 résistants, pour seulement quelques centaines en réalité. On entend, enfin, la voix de Jean Deffaugt, maire d’Annemasse, résistant et Juste parmi les nations. Le public applaudit ce témoignage fort, un extrait de sept minutes sur deux heures au total. « J’ai la même émotion que le jour où j’ai entendu ce message pour la première fois », rajoute Thierry Loron. « Le rôle de Jean Deffaugt est mis en évidence. Je dédis ce message aux enfants et petits-enfants de résistants. »

Un hommage rendu à Marianne Cohn en septembre

Autre image forte devant le Pax, la présence de trois des enfants d’Alice Lentz, qui faisait partie du groupe des enfants de Marianne Cohn, sauvés par Jean Deffaugt. En 2022, c’est aussi le centenaire de la naissance de Marianne Cohn. « Il y aura trois jours pour lui rendre hommage, entre le 16 et le 18 septembre, avec des tables rondes, une exposition, des rencontres. Un instant officiel aura lieu le 18 septembre, où on inaugurera le jardin Georges Loinger (qui a fait passer des centaines d’enfants juifs en Suisse), au parvis nord de la gare. »

À la stèle Jean Deffaugt, le maire a donné quelques précisions. « Jean Deffaugt a été nommé maire en 1943 par Vichy, certes, mais sa position en lien avec la Résistance, lui a permis de sauver des enfants juifs. »

Enfin, place de la Libération, devant le monument aux morts, nouveau recueillement. « C’est une mémoire vivante qui s’incarne dans les monuments aux morts », a rappelé le maire Christian Dupessey. « Le message de la Résistance ne peut s’épuiser. Nos aînés nous le rappellent avec toute la force de leur vie… Vivre libre n’est jamais acquis, dans de trop nombreuses régions du monde, la démocratie reste un combat. »

Il cite enfin le résistant annemassien, Walter Bassan, « Choisir de résister, c’est faire un choix pour la vie, pour préserver la vie et ce choix engage pour toute une vie. »

La cérémonie de la Libération s’est tenue au monument aux morts, au cimetière de Gaillard. Le maire Jean-Paul Bosland a d’abord rendu hommage aux résistants du plateau des Glières.

Il a ensuite rappelé les événements qui ont marqué cette journée du 18 août 1944, à Gaillard, notamment avec le passage d’Allemands à la frontière, à Moëllesulaz, en échange de la libération de prisonniers du Pax, comme convenu quelques jours plus tôt. « Dans ce quartier, souvenons-nous aussi de l’action d’Irène Gubier, qui, depuis sa maison enjambant le Foron à Moëllesulaz, a donné la liberté vers la Suisse voisine, à des dizaines de personnes », a-t-il rappelé. « La participation de cette Gaillardine au réseau Gilbert et ses actions héroïques lui ont valu d’être arrêtée par la Gestapo, le 18 janvier 1944 et déportée. » Une esplanade porte désormais son nom, à Moëllesulaz.

Une cérémonie marquée aussi par l’hommage à Louis Simon, maire de Gaillard, qui préside le comité local de Libération. De leur côté, les Américains sont installés rue des Vignes, dans le château et travaillent avec leurs réseaux de renseignements. Dans ce lieu seront aussi négociées les conditions de capitulations des troupes allemandes et des éléments fascistes, stationnés en Italie du Nord. « N’oublions jamais ces sacrifices. Nous sommes tous directement les bénéficiaires de l’engagement de ces femmes et de ces hommes, nous leur devons ce travail de mémoire et de respect. »

Le cortège s’est ensuite rendu sur la tombe de Louis Simon, pour y déposer une gerbe.

Sabine PELLISSON, 19 août 2022
Plaque commémorative

Annemasse — Stèle Jean Deffaugt

Maire d'Annemasse durant l'Occupation nazie. Obtient le 31 mai 1944 la libération de 17 enfants juifs emprisonnés à l’hôtel Pax transformé en prison par la Gestapo, arrêtés alors qu’ils tentaient de passer la frontière avec des camarades plus âgés et une jeune convoyeuse clandestine, membre des réseaux juifs, Marianne Cohn.

En mémoire de

Jean Deffaugt

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