Le Souvenir Français
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Focus sur deux femmes figures de la résistance à Annemasse et dans son agglomération

11355,Irène Gubier (au centre) a reçu la Croix de guerre avec étoile de vermeil. Citée à l’Ordre de la Nation, titulaire de la médaille de la Résistance française (20 octobre 1945), de la Croix du combattant volontaire (30 octobre 1957), chevalier dans l’Ordre de la légion d’honneur (11 novembre 1958) puis officier (1962), elle a été mise à l’honneur par la ville de Gaillard et le maire Renée Magnin le 18 août 1993,

Début 1944, le calvaire s’accentue. Milice et forces françaises de répression aident l’occupant nazi dans ses basses besognes. Tels des oiseaux annonciateurs de renouveau aux heures sombres de la guerre, certains entretiennent la flamme de l’espoir, activent les braises de la Résistance et redonnent brillance à la dignité volée. Irène Gubier et Marguerite Marmoud sont ainsi “hirondelles de la frontière” pour Jean Deffaugt, maire d’Annemasse et “violettes de la frontière” pour le général Devigny.

À Gaillard, le 17 janvier, la Gestapo arrête les deux femmes. Elles sont incarcérées au Pax, matricules 412 et 413 au registre d’écrous, et déportées. Si l’une ne revint pas, l’autre a rapporté ses sinistres souvenirs en sa maison Gubier, ayant la particularité d’être à la frontière, sur le territoire français avec aussi une façade en Suisse.

Lieutenante Irène Gubier, résistante députée haut-savoyarde

Jean Deffaugt visite Marguerite Marmoud, « brave femme meurtrie, battue, prostrée dans l’obscurité d’une geôle exiguë et glaciale, claquant des dents et vêtue seulement d’une couverture ». Tentant de la réconforter de paroles qui réchauffent l’âme, il garde en mémoire le propos calme et la voix lancinante de la captive, qui répète avec pudeur : « Vous savez je n’ai pas causé ». Elle a 57 ans. Elle est torturée dans une baignoire, les pieds et les mains lestées de plomb. Un calvaire difficile à imaginer. Elle est ensuite déportée à Mauthausen et le camp a finalement raison de son courage.

« On est entassé à 85 par wagon, dans des conditions épouvantables »

À 47 ans, Irène Gubier est muette aussi au Pax. Transférée à la prison Saint-François d’Annecy, elle ne s’évade pas, protégeant « ses parents de représailles ». Au cachot à Lyon-Montluc, elle contracte la scarlatine. Le 15 avril, elle est à Romainville, étape vers Ravensbrück. « On est entassé à 85 par wagon, dans des conditions épouvantables. Douze jours d’horreur, un convoi sans espoir, l’hygiène et l’honneur sont restés à quai. On s’humecte les lèvres gercées par la soif de larmes de pluie recueillies par une minuscule ouverture barbelée. Au camp, les anciennes conseillent les nouvelles ». C’est aussi l’isolement et les travaux forcés, « 12 heures par jour dans la boue froide des marais ». Elle ne parle à personne.

Sa maison, située au bord du Foron, était toute proche de la douane de Moëllesulaz et l’un de ses cotés donnait directement sur la Suisse. Elle sera chargée d’une activité de courrier et de transfert de personnes vers la Suisse elle aida notamment le Réseau Gilbert du colonel Groussard, dont faisait partie le lieutenant André Devigny

Le 20 juillet, c’est Buchenwald et le kommando Choemofeld. Les plus faibles meurent. S’accrochant à la vie, la faible flamme résiste, Irène ne sait pas que Gaillard est libérée le 18 août.

Début mai 1945, le camp est ouvert. « Nous fuyons à pied », témoigne-t-elle alors. Elle rejoint l’armée franco-britannique en Tchécoslovaquie et est conduite en France en train. Elle arrive au camp d’Ambilly le 2 juin. Pressée de revoir Gaillard et sa maison sur le Foron, où son père est mort de chagrin en avril 1944, elle « rate de peu les amis venus l’accueillir ». Mais l’auraient-ils reconnue, elle qui pèse alors moins de 33 kg.

L'hommage du général De Gaulle

Le général De Gaulle a, en son temps, rendu hommage à l’action d’Irène Gubier. « Agent de renseignements en territoire occupé en 1943 et début 1944, plusieurs fois par semaine, la Gaillardine a permis l’acheminement de documents et renseignements de France en Suisse et vice-versa, facilitant le passage d’agents et le sauvetage de plusieurs personnes traquées. Arrêtée, incarcérée et déportée à Ravensbrück, elle a fait face énergiquement et courageusement ».

Le 18 août 1993, la maire Renée Magnin saluait l’action généreuse « dans cette maison, lieu de passage vers l’espoir et la liberté ». Irène Gubier est alors entourée des généraux Jean Vallette d’Osia, Devigny, Besson, du capitaine Lucien Mas, du lieutenant Jean Hénot et de nombreux amis de la Résistance. Une plaque sur la maison rappelle au passant l’action d’Irène Gubier qui a “participé à l’histoire de la France et à sa grandeur”. Sa plus belle récompense était le service accompli.

Née en 1897, Irène Gubier est décédée en 1995 à Gaillard.

Gilbert Taroni, 19 août 2023
Lieu de mémoire en lien :
 Maison d'Irène Gubier, passage des ambassadeurs

Maison d'Irène Gubier, passage des ambassadeurs

Détail

Sa maison, située au bord du Foron, était toute proche de la douane de Moëllesulaz et l’un de ses cotés donnait directement sur la Suisse. Elle sera chargée d’une activité de courrier et de transfert de personnes vers la Suisse elle aida notamment le Réseau Gilbert du colonel Groussard, dont faisait partie le lieutenant André Devigny

Lieu : Gaillard

Lieutenante Irène Gubier, résistante députée haut-savoyardeSa maison, située au bord du Foron, était toute proche de la douane de Moëllesulaz et l’un de ses cotés donnait directement sur la Suisse. Elle sera chargée d’une activité de courrier et de transfert de personnes vers la Suisse ; elle aida notamment le Réseau Gilbert du colonel Groussard, dont faisait partie le lieutenant André DevignyEsplanade Irène Gubier, Grande figure de la Résistance française, la Gaillardine Irène Gubier a joué un rôle stratégique entre 1941 et 1944.Maison d'Irène Gubier, dite du passage des amabassdeurs — RésistancePlaque commémorative de la Maison d'Irène Gubier, dite du passage des ambassadeurs — Résistance haut-Savoyarde
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