Le Souvenir Français
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Geneviève de Gaulle-Anthonioz, une vie de résistance

Geneviève de Gaulle-Anthonioz présente au procès de Klaus Barbie à Lyon, le 10 juin 1987 où elle témoigne des pratiques criminelles nazies. Photo Archives Le Progrès

Geneviève de Gaulle-Anthonioz, résistante et déportée, s’est aussi fait connaître pour son engagement à aider les plus pauvres avec ADT Quart Monde. Panthéonisée en 2015, cette grande dame est restée inhumée auprès de son époux Bernard Anthonioz dans le cimetière de Bossey en Haute-Savoie.

Sur les premières pentes du Salève, le petit cimetière de Bossey fait face à Genève et son jet d’eau.

Une fine croix rouillée par le temps marque l’emplacement de la tombe de Geneviève de Gaulle-Anthonioz et de son époux Bernard Anthonioz (décédé en 1994), leurs noms scellés à jamais sur le rocher. Inséparables dans la vie, unis dans leur ultime repos.

La vie de la nièce du général est marquée par la mort de sa maman à l’âge de 5 ans en 1925. De la Sarre devenue allemande, elle termine sa scolarité à Rennes. En juin 1940, étudiante à la faculté d’histoire de Rennes, elle entre en résistance, sous le nom de Germaine Lecomte.

Geneviève de Gaulle-Anthonioz, une vie de résistance

En 1941, inscrite en licence d’histoire à la Sorbonne, elle est active au sein du Groupe du musée de l’Homme (réseau de résistance).

Elle rejoint en 1943 le réseau Défense de la France. Dénoncée, arrêtée et internée à Fresnes, puis envoyée au camp de Royallieu, elle est déportée au camp de concentration de Ravensbrück le 2 février 1944.

Au camp, elle se lie d’amitié avec quatre autres Résistantes, Jacqueline Péry d’Alincourt, Suzanne Hiltermann, Anise Postel-Vinay et Germaine Tillion.

En octobre 1944, elle est placée en isolement au bunker du camp, décision d’Himmler afin de la garder en vie et de l’utiliser comme monnaie d’échange, à une époque où Charles de Gaulle gouverne la France libérée.

Elle en sort le 25 avril 1945 lors de la libération du camp par l’Armée rouge. Elle publiera plus de 50 ans après «  La traversée de la nuit   » et évoquera sa vie à Ravensbrück, l’entraide entre les détenues et les circonstances de sa sortie du camp. Après la Guerre, elle présidera l’Amicale des déportées et internées de la résistance jusqu’à sa mort en 2002.

La rencontre d’une vie avec Bernard Anthonioz

Après la guerre, en convalescence en Suisse, elle rencontre Bernard Anthonioz, éditeur d’art et ancien Résistant.

Leur mariage est célébré le 29 mai 1946 à ND de Genève. Résidents à Paris, ils passent toutes leurs vacances en Haute-Savoie, pays d’origine de la famille Anthonioz. Et c’est à Bossey qu’ils aiment se ressourcer, discrètement chaque été. Quatre enfants naîtront de cette union.

Au début de la Ve République, elle travaille au ministère de la Culture avec son époux Bernard Anthonioz qui a rejoint le cabinet d’André Malraux. «  La culture ne doit pas rester la propriété des privilégiés mais devenir accessible à tous   », disait-elle.

Elle découvre la misère aux portes de Paris et rejoint le mouvement du Père Joseph Wresinski, devenu ATD Quart-Monde et s’engage dans la lutte contre un nouveau totalitarisme, le règne de l’argent et se mue en défenseuse des pauvres et humiliés de la déportation. Elle présidera la branche française de ce mouvement de 1964 à 1998. «  Le respect des droits de chacun commence dès la petite enfance   », insistait celle à l’origine de la journée mondiale du refus de la misère (le 17 octobre).

Première femme Grand-Croix de la Légion d’honneur

Nommée en 1988 au Conseil économique et social, elle se bat durant dix ans pour l’adoption d’une loi d’orientation contre la grande pauvreté, loi votée en 1998.

Mais son passé de Résistante la rattrape. En 1987, à Lyon, elle témoigne sur les pratiques criminelles nazies lors du procès de Klaus Barbie.

«  Le combat de mémoire est fait pour nourrir le présent   », affirmait-elle. En 1997, elle est la première femme élevée Grand-Croix de la Légion d’honneur, une distinction dédiée à ses amis d’ADT Quart-Monde. Elle meurt en 2002 et est inhumée au cimetière de Bossey.

Le point final d’une vie ? Non. Le 27 mai 2015, Geneviève de Gaulle-Anthonioz fait son entrée au Panthéon, à l’instar de Sophie Berthelot, Marie Curie, Germaine Tillion, Simone Veil et Joséphine Baker.

Six femmes pour 75 hommes. Le président Hollande annonce en février 2015, la translation de sa dépouille au Panthéon aux côtés de l’ancien ministre de l’Éducation nationale Jean Zay et des résistants Pierre Brossolette et de son amie Germaine Tillion.

Mais les familles des deux femmes refusent le transfert des corps au Panthéon, malgré la proposition faite par le président de la République qu’elles soient accompagnées de leurs époux.

Le 27 mai, c’est un cercueil vide contenant un peu de terre prélevée dans le cimetière de Bossey qui sera déposé dans la crypte du Panthéon.

L'abbé Pierre Passeur…

En 1943, le futur abbé Pierre a organisé l’exfiltration de l’un des frères du général de Gaulle vers la Suisse. Une véritable expédition ! Il franchira clandestinement la frontière à Collonges-sous-Salève grâce au curé Marius Jolivet.

Lire l'article — L’abbé Pierre a fait passer clandestinement la frontière au frère du général de Gaulle
Figure de la résistance — Jolivet Marius (Père à Collonge-sous-Salève)

Sabine Pellisson, Article du 19 août 2023