Le Souvenir Français
Délégation de la Haute-Savoie (74)
menu

Portrait de Marcel Challande, résistant Haut-savoyard fusillé

Christiane Gradel, fille d’Huguette, avec le cadre et décorations de son grand-père Marcel Challande. Elle a reçu les représentants du Souvenir Francais à la maison familiale de Saint-Julien et fourni les archives de son grand-père.

Alors que le Souvenir français organise une exposition sur les 450 résistants haut-savoyards fusillés lors de la Seconde Guerre mondiale, nous vous proposons un portrait des cinq résistants de Cruseilles dont le nom figure sur le monument du Noiret. Aujourd’hui, Marcel Challande.

Marcel Challande, né le 15 février 1912 à Saxel, était le fils de Jules Challande et de son épouse Marie Bel, agriculteurs à Saxel. Il avait un frère cadet André.

Il a commencé sa carrière comme fromager à son compte à la fruitière de Saxel, puis comme commis fruitier à Villy-le-Bouveret. C’est là qu’il a fait la connaissance de Marie Francise Bouchet de Villy, née comme lui en 1912. Elle est décédée à l’âge de 100 ans.

Ils ont eu cinq enfants : Huguette, née en 1936, aujourd’hui âgée de 87 ans et résidant en Ehpad à Genève ; Nicole née en 1940, décédée à l’âge de 2 ans ; Denis né le 14 janvier 1942, retraité en Alsace, qui sera présent le 8 mai à Cruseilles ; Bernard né en 1943, décédé en 1961 ; et Marcelle Nicole née huit mois après le décès de son papa. Elle est décédée en 2006.

Nommé chef de groupe de l’armée secrète sédentaire

Marcel Challande, après avoir quitté la fruitière de Villy-le Bouveret, s’était installé au hameau du Noiret en tant qu’exploitant forestier. L’entreprise était florissante. Il avait embauché Léon Persoud et sa sœur Julie, Clément Broisin, Raymond Raphin et Charles Lacour qui allait devenir son bras droit.

Originaire des Vosges, Charles Lacour s’était évadé d’un stalag en Allemagne. Alors qu’il errait sur Groisy, amaigri, blessé, on lui aurait recommandé de rencontrer l’entreprise Challande.

Marcel Challande était rentré dans la Résistance. Il fut même nommé chef de groupe de l’armée secrète sédentaire (AS) en janvier 1944. Il était chef de groupe de 12 hommes avec le grade fictif de sergent. Il participa au camouflage, transport d’armes et de ravitaillement pour les maquisards. Il faisait également avec Charles Lacour de l’abattage nocturne d’animaux domestiques pour ravitailler le maquis. La viande était cachée au milieu des piles de bois.

Le 9 juin 1944 à l’aube, probablement sur dénonciations de voisins, les Allemands ont opéré une rafle, faisant monter tout le personnel dans le camion de l’entreprise, conduit par Clément Broisin. Charles Lacour qui se trouvait dans la cave a été sauvé.

Marcel fut fusillé le 15 juin 1944 avec ses trois employés. Son épouse, qui faisait partie de la rafle, se serait échappée lors d’un changement de train qui la conduisait en Allemagne.

Charles Lacour, célibataire, a récupéré la veuve, les trois orphelins qu’il a élevés et terminé sa vie avec Marie Francise à Saint-Julien-en-Genevois. Charles Lacour est décédé en 1999, regretté par ses enfants adoptifs et petits-enfants.

Louis JACQUEMOUD, Article du 29 avril 2023