Le Souvenir Français
Délégation de la Haute-Savoie (74)
menu

Ballaison — 21 mai 1944 : vols, incendies, arrestations

Ballaison — Stele de la rafle du 19,20,21 Mai 1944. De gauche à droite, Loïc Hervé, Robert Ruche, Christophe Songeon et Cyril Pellevat, lors de l’inauguration de la stèle. de Ballaison. Photo Le DL /V.M.

Mémorial pour l’oppression 3808 W 1394

SOURCE : Mémorial de l'oppression : fonds du service du Mémorial de l'oppression et de la délégation régionale du Service de recherche de crimes de guerre ennemis (SRCGE), 1940-1944 : 3808

Les événements

Une opération militaire d’envergure menée par les nazis dans le Chablais visant à traquer les résistants les ont conduits à Ballaison en ce dimanche du 21 mai 1944. Un jour dont certains habitants de Ballaison, toujours présents aujourd’hui, se souviennent encore. Une sacoche contenant des tracts retrouvée contre un mur, une assemblée sortie de l’église en pleine messe pour un contrôle, des maisons fouillées et incendiées…

Est-ce ces évènements qui ont amené ce détachement allemand sur notre commune et qui aurait pu se terminer dans un bain de sang comme dans certains villages de France ? Ou peut-être la connaissance de quelques parachutages d’armes et de munitions effectués par les anglais entre Ballaison et Saint-Didier, de nuit, guidés par Auguste Ruche à l’aide de signaux lumineux ? Un dépôt de munitions avait d’ailleurs été aménagé et enterré au lieu-dit "Joffray" entre le chef-lieu et le chemin menant à Massongy.

Cette période commence par une rafle et une occupation du plateau de Gavot, dans le canton d’Évian pendant quelques jours. Et puis, ce dimanche 21 mai 1944, un détachement de soldats allemands part de Thonon-les-Bains.

Après avoir réquisitionné un car avec ses passagers à l’intérieur afin de se protéger d’éventuels tirs de maquisards, ils arrivent à Chavannex où une partie des soldats monte à pied sur Boisy. Les autres s’arrêtent à Chezabois, à la ferme Desmeule pour arrêter et emmener un jeune ouvrier juif, Jean-Pierre Spiro.

Arrivés à Boisy vers 9 h, ils fouillent les habitations à la recherche de "maquisards" et d’armes. N’ayant rien trouvé, ils prennent en otage Daniel Pierret, Marius Frigério et Joseph Ducret (dit Brelat). Ils redescendent ensuite en direction du chef-lieu, fouillant au passage le hameau du Veigeret.

Au centre du village, un "maquisard" dont nous ignorons le nom, circule à vélo avec, dans ses sacoches, des tracts hostiles à l’occupant. Certains lui crient : "Attention, voilà les allemands !" Ce dernier jette immédiatement son vélo contre un mur et court se réfugier dans la forêt proche. Les allemands découvrent ce vélo ainsi que les tracts et cherchent alors à savoir à qui cela appartient.

Ce dimanche de Fête des Mères, de nombreuses personnes assistent à la messe qui est célébrée par le curé Lafrasse, secondé alors par l’abbé Robert Terrettaz, et des servants de messe que sont André Boulens, Léon Besson et Jeannot Garin. Les soldats allemands font leur apparition dans le fond de l’église mais laissent la messe se terminer avant d’intervenir. La célébration terminée, tout le monde sort hormis l’abbé Terrettaz, enfermé dans un meuble de la sacristie par l’abbé Lafrasse.

Il se réfugiera ensuite dans le clocher, ce jeune prêtre ayant refusé de partir en Allemagne pour le S.T.O. Les enfants sont rassemblés devant l’église, autour de la croix qui se trouvait alors à cette époque au centre du carrefour. Ils seront ensuite conduits dans la maison Rollux à la demande de Germaine Lacroix. Les hommes sont quant à eux alignés contre le grand mur, entre le presbytère et la route, sous la menace d’une mitraillette. Des otages sont désignés au hasard parmi lesquels : François Jacquier, Michel Menoud, Raymond Genoud, Alphonse Layat, Alexis Terrettaz et Henri Terrettaz.

Ils interrogent ensuite le maire Hyppolyte Dubouloz qui, ne pouvant donner d’explication, continue à parlementer avec les soldats. N’ayant pas trouvé l’auteur des tracts, ils indiquent vouloir tuer trois otages ou incendier trois maisons. Épargnant les vies des villageois, ils désignent des maisons à incendier dans le haut du village (à l’angle de la route du Veigeret et de la route des Fées) où avait été trouvé le vélo. C’est ici qu’habite le boulanger, Urbin Bel, qui loue la maison à Germain Lançon. Une bombe est placée dans le four à pain et d’autres dans les maisons voisines. C’est ainsi que brûlent son appartement, ceux des frères Ruche, Marius et Alphonse, une grange et une écurie appartenant à Marcel Boulens. Pendant l’incendie, les otages sont conduits à Annemasse, au quartier général des occupants. Ils seront, par chance, relâchés les jours suivants. Ce ne fut pas le cas du jeune juif arrêté à Chezabois qui, insultant ses bourreaux pendant le trajet, fut fusillé par ces derniers "Au café des Chasseurs".

Sitôt les soldats partis, les villageois s’activent pour éteindre l’incendie. L’eau est puisée dans les bassins proches pendant que deux hommes, Edgar Favre et Alfred Genoud vont chercher la pompe à incendie au Veigeret. Des seaux en toile sont même emplis et apportés à la chaîne depuis le centre du village. D’autres montent sur le toit pour couper les poutres afin d’éviter au feu de se propager. Juliette Mermaz et Amélie Granchamp, arrivées à Marcorens à toute vitesse sur leurs vélos prévenaient d’autres habitants qui se précipitent alors pour aider, notamment Louis Pugin et Jean Guigonnat.

Ce jour-là, une personne en particulier eut très peur. Il s’agit de Charlotte Sendyk, épouse de Paul Séchaud. Recherchée comme tous les juifs durant cette période, elle est heureusement passée inaperçue.

Lieux de mémoire

commemoration  Stèle  de la tragédie du 21 mai 1944

Stèle de la tragédie du 21 mai 1944

Ballaison • 21 mai 1944