Le Souvenir Français
Délégation de la Haute-Savoie (74)
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La tombe de Marianne Cohn, héroïne de la Résistance, a disparu

Résistante Marianne Cohn assassinée à Annemasse

La résistante Marianne Cohn a sauvé des centaines d’enfants juifs en les exfiltrant en Suisse. Elle a ensuite été exécutée par la Gestapo près d’Annemasse. Si des écoles ou des rues portent son nom, sa tombe au cimetière de Grenoble a disparu.

« Je trahirai demain, pas aujourd’hui ». Les mots résonneront cette année encore lors des commémorations de la Seconde guerre mondiale. Le poème de Marianne Cohn, emblématique de son courage et de son dévouement, viendra de nouveau éclairer l’Histoire 80 ans après. Mais si la mémoire de la Résistante est toujours entretenue, ce n’est pas le cas de sa tombe qui, elle, a étrangement disparu.

Marianne Cohn était Allemande et juive. Réfugiée en France, entrée très jeune dans la Résistance. Avec ses compagnons des Mouvements de la Jeunesse Sioniste, elle sauvera 200 enfants, en les faisant passer en Suisse par le Genevois.

Le 31 mai 1944, alors qu’elle accompagne un convoi, elle est arrêtée avec un groupe de 28 jeunes. Ils sont tous incarcérés à la prison du Pax d’Annemasse, administrée par la Gestapo. Derrière les murs, elle ne parlera pas, jamais, afin de protéger les enfants… Elle n’a que 22 ans.

Le 8 juillet 1944, Marianne est emmenée dans un bois de Ville-la-Grand, tout près d’Annemasse, où elle est massacrée avec cinq de ses compagnons d’infortune, abandonnés ensuite dans ce charnier.

Quelques jours plus tard, le mouvement des juifs de France récupère la dépouille de Marianne Cohn et lui organise, le 26 septembre 1944, un enterrement digne d’une héroïne de guerre au cimetière du petit Sablon à Grenoble. La cérémonie se déroule en doublon avec celle d’Ernest Lambert, l’un des dirigeants de l’armée juive assassiné à Portes-lès-Valence le 8 juillet 44. Un article paru dans la Revue d’Histoire de la Shoah, raconte que deux salves d’honneur sont tirées dans le ciel et que des enfants rescapés de la prison du Pax ont ensuite veillé toute la nuit la tombe de Marianne Cohn…

La suite, c’est Mao Tourmen, guide grenobloise, qui la raconte : « J’ai bien connu cette tombe avec les inscriptions en hébreu, je passais devant au cours de mes visites guidées. Au début des années 90 (NDLR : la date exacte n’est pas connue des historiens), j’ai voulu travailler sur la Résistance, alors je suis retournée voir la tombe de Marianne Cohn. Et là, stupéfaction, il n’y avait plus rien ! »

À son endroit on avait fait place nette. Mao Tourmen entreprend alors un travail de recherche avec des agents du cimetière et de la mairie pour comprendre ce qu’il est advenu de Marianne. « On ne la retrouvait pas ! Volatilisée, disparue des radars. »

Après une année passée à chercher la Résistante perdue, Mao trouve enfin l’explication : « Elle était enregistrée à la mairie de la commune voisine, la Tronche, sous son pseudonyme Marianne Colin… Et quand sa trace a été retrouvée, j’ai appris que le cimetière avait tout simplement procédé à la récupération de sa tombe en déshérence. » Les restes du corps de Marianne Cohn, morte pour la France, ont été transférés à l’ossuaire. Circulez, il n’y a plus rien à voir.

Une héroïne de guerre à l’ossuaire

« Les parents de Marianne Cohn n’ont jamais vu sa tombe, c’était trop dur. Mais sa sœur Lisa s’y est rendue plusieurs fois après l’enterrement », raconte Magali Renaud-Ktorza, historienne de Tel-Aviv et biographe de la Résistante. « On a échangé ensemble et elle était en colère de ne pas avoir été informée que les restes de sa sœur allaient être mis à l’ossuaire. »

Laurent Souris, le fils de Lisa, regrette : « Je sais que des enfants sauvés par ma tante, ou leurs descendants, venaient régulièrement sur sa tombe. Le fait qu’elle disparaisse a dû être un choc pour eux ».

Et le neveu de Marianne Cohn de poursuivre : « Il y avait un black-out autour de ma tante, si bien que ma mère ne nous a jamais amenés sur sa tombe. Elle ressentait une douleur extrême à évoquer le massacre de sa sœur. Après la mort de ma mère en 1996, j’ai joint les cimetières de la région grenobloise pour connaître l’emplacement exact, mais je n’ai rien trouvé. »

Tout comme leur mère, quand la concession a pris fin son frère et lui n’ont jamais été contactés par l’état civil. « Nous avons juste appris plus tard qu’une plaque mémorielle de 20 cm avait été déposée par le Comité juif de Grenoble » regrette-t-il.

Une plaque double qui plus est, comme l’enterrement de 1944, où son nom est entremêlé à celui d’Ernest Lambert, les scellant tous deux dans une éternité commune alors qu’ils ne se connaissaient pas. Elle a été officiellement dévoilée le 30 janvier 2000 en présence de Michel Destot, maire de Grenoble.

« La mémoire se réveille souvent au bout de 60 ans avec la troisième génération qui cherche ou qui répare. Ça se passe comme ça dans beaucoup de domaines », explique Mao Tourmen. Marianne Cohn n’a pas suivi ce chemin. Privée de sa vie très jeune, elle n’a pas eu de descendance directe. Les neveux ont été mis de côtés et le temps a fait son travail de sape et d’oubli.

À Annemasse, un musée va lui rendre hommage

Pour autant, la mémoire de la Résistante est entretenue de manière différente. Aujourd’hui des écoles ou des rues portent le nom de cette Marianne considérable, comme à Grenoble, Annemasse, Viry, Berlin ou en Israël. Le 18 septembre 2022 à Annemasse, un hommage XXL lui a été rendu pour le centenaire de sa naissance. Une journée jubilé où dans l’immense foule, on relevait la présence discrète de certains enfants sauvés par la résistante. Témoins vivants de son sacrifice extraordinaire. « L’ouverture d’une Maison des Mémoires à l’automne 2025, dans l’ancienne prison du Pax, sera une nouvelle étape dans la lutte contre le négationnisme et l’oubli », indique Christian Dupessey, le maire d’Annemasse. À défaut d’avoir un tombeau, Marianne Cohn aura un musée.

Catherine Mellier, 7 mai 2024
Lieu de mémoire en lien avec La tombe de Marianne Cohn, héroïne de la Résistance, a disparu
 Monument du charnier

Monument du charnier

Détail

Le 8 juillet 1944 au petit matin, les Villamagnains matinaux ont vu des camions allemands se diriger direction Carra ou Crêt. Un peu plus tard, aux environs de 5h30, d’autres entendront crépiter les mitraillettes puis ce sera tout.

Lieu : Ville-la-Grand