Le Souvenir Français
Délégation de la Haute-Savoie (74)
menu

Revenue des camps de la mort : Lily, cette héroïne de la condition humaine

Adèle Chatel-Louroz (née Gay), membre de l’Armée secrète, fut dénoncée et déportée à Ravensbrück.

Elle refusa la honteuse collaboration proposée par l’État français en 1940 : Adèle Chatel-Louroz (née Gay), membre de l’Armée secrète, fut dénoncée et déportée à Ravensbrück. En repoussant la mort, elle a nié la victoire de l’occupant nazi. En choisissant la vie, elle est devenue l’héroïne de la condition humaine. Retour sur sa vie après sa libération.

Samedi 26 mai 1945. Dans le train qui relie Lyon à Annemasse, une jeune femme observe les paysages qui défilent devant ses yeux bruns. Dans la petite valise calée sur ses genoux, elle a rangé sa robe rayée. Elle aura 26 ans dans quelques jours et pèse 35 kg.

Au terminus, ses parents se languissent. Cela fait depuis le 15 septembre 1943 que Joseph et Adeline Gay espèrent le retour de leur fille Adèle raflée sur dénonciation pour son aide aux maquisards du Môle.

La frêle silhouette apparaît enfin parmi les voyageurs qui descendent des wagons. Les membres de la parentèle s’embrassent, pleurent, puis partent pour l’épicerie familiale à Gaillard.

Le vendredi suivant, Adèle Gay retourne à Saint-Jean-de-Tholome, son village natal. Il y a affluence au chef-lieu pour accueillir celle que les Tholoméens appellent affectueusement Lily. L’instituteur fait entonner La Marseillaise aux écoliers. « Jamais je ne pensais vous revoir » lâche-t-elle à la foule. Les larmes encore. La liesse de tout un village qui a recouvré son héroïne.

80 ans plus tard…

Le 16 septembre 2023, à l’initiative des comités locaux de [ancar], la population de St-Jean-de-Tholome avait rendu hommage à Lily.

Le 16 septembre 2023, à l’initiative des comités locaux de [ancar], la population de St-Jean-de-Tholome avait rendu hommage à Lily.

Tout au long de l’année scolaire, les élèves de classe de CM2 de l’école publique de Saint-Jean-de-Tholome ont fouillé les archives et mémoires locales pour se replonger dans la période de l’Occupation et de l’Après-guerre. Les jeunes Tholoméens ont ainsi ravivé la flamme du souvenir de Lily et témoigné de leur reconnaissance du legs hérité de l’esprit de la Résistance. Ces travaux qui s’inscrivent dans le cadre du Concours national de la Résistance et de la Déportation (CNRD) seront présentés au public à Saint-Jean-de-Tholome le samedi 22 juin.

La paix c’est sacré !

Au cours d’un bal, elle rencontre Albert Chatel-Louroz (1914-1998), ancien prisonnier rescapé d’Allemagne lui aussi. Ils se marient le 8 juin 1946. Lily est heureuse. Elle donne naissance à leur fils unique Roger (1949-2020). Elle s’accommode des travaux à la ferme au pied du Môle et s’accorde peu de moments de repos. Elle coud et confectionne de beaux pulls, parfois. À chaque rediffusion, elle aime regarder le film Normandie-Niémen et se souvient son amie Rose Folliex.

Si l’horreur hante souvent ses nuits, Lily ne partage que des bribes de souvenir de sa captivité.

En 1975, Giscard d'Estaing décide l’abandon du 8-Mai. Albert Chatel-Louroz et Lily n’en ont que faire, ils chômeront ce jour pour toujours. Pour eux, la paix, c’est sacré et cela se fête ! « Redis-moi, ma Lily, la chanson que tu me chantais/Ta chanson de l’été dans le bleu du ciel irlandais », lui fredonne son époux, parodiant le tube de 1964.

Dans les années 90, le couple emménage dans une maison acquise au centre d’Annemasse. Ils aiment y recevoir leurs petits enfants : Fabienne, Christelle et Arnaud. Le 17 janvier 1996, Lily ferme définitivement les yeux chez elle à l’âge de 76 ans.

Vincent Métral, Article du 7 mai 2024
Matricule 27149 au camp de Ravensbrück, Adèle Chatel-Louroz (née Gay) devient membre de l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (Adir) quelques années après sa libération. Photo Jeanne Chatel-Louroz