Le Souvenir Français
Délégation de la Haute-Savoie (74)
menu

Saint-Eustache — Il y a 80 ans, une rafle plongeait le village dans la barbarie

Saint-Eustache — Il y a 80 ans, une rafle plongeait le village dans la barbarie

Les 31 décembre sont toujours empreints de tristesse à Saint-Eustache. En 1943, une rafle allemande emportait 24 hommes dont 22 ont été déportés dans les camps nazis. Seuls 7 en revinrent en 1945. Cette année, le village est les associations patriotiques célébraient les 80 ans du drame.

Quand mon père avait été récupéré, au camp de Buchenwald où il était resté deux ans, il avait été extrait in extremis d’un charnier où il gisait entre la vie et la mort… » Une image qui hante Gérard Garin, 74 ans, même si son père ne lui a jamais rien raconté de son calvaire. La seule faute de l’agriculteur, Philippe Garin, avait été de se trouver à la fruitière de Saint-Eustache, un jour particulièrement sombre : le 31 décembre 1943.

Le village avait été encerclé par les Allemands. Ces derniers comptaient faire payer la mort de trois de leurs compatriotes, tués par les hommes du corps franc Simon le 22 décembre. La Wehrmacht, dans une cruauté diaboliquement raffinée, avait choisi le dernier jour de l’année pour orchestrer la punition. Radicale et féroce. Vingt-huit hommes avaient été rassemblés devant le perron de l’église puis emprisonnés à l’école Saint-François à Annecy. Quatre avaient été libérés mais 24 autres avaient été envoyés à Compiègne puis déportés dans les camps nazis. Dix-sept d’entre eux devaient ne jamais revenir, laissant 33 orphelins et neuf veuves. Sept rescapés en étaient revenus décharnés et détruits psychologiquement… Comme l’ont été, en écho, leur descendance. Une descendance, qui en ce jour de 31 décembre 2023, soit 80 ans après jour pour jour, affichait une fidélité monolithique à ses chers disparus.

On pouvait entendre bruisser les soupirs

En cette matinée dominicale, et comme toutes les années, c’est le village tout entier et les associations patriotiques qui se sont figées dans un élan, aussi naturel que collectif, de mémoire. À quelques heures d’une fin d’année que chacun souhaite généreusement festive, cette commémoration semblait suspendue au balcon du présent. Un véritable bond dans un passé dont on pouvait entendre bruisser les soupirs vertigineux.

Sur cette place où la rafle s’était produite, on aurait pu entendre le cliquetis des armes allemandes. Comme si l’ombre des silhouettes martyrisées recouvrait le silence qui suivait chaque prise de parole. Celle de Gérard Garin, bien sûr, également président de l’association des déportés de Saint-Eustache, mais aussi de Gérard Métral, président de l’association des Glières qui rappelait la détermination des maquisards « qui surent dire non. » « La guerre serait donc une fatalité qui, sans cesse, reviendrait nous rappeler que rien n’est acquis… que tout est à recommencer » lançait-il en référence au chaos que le monde traverse aujourd’hui.

Le maire de Saint-Eustache, Jean-Pascal Albran, remerciait les familles « pour avoir su transmettre de vraies valeurs et faire revivre le village. » Le préfet Yves Le Breton soulignait quant à lui : « Comme à Habère-Lullin, quelques jours plus tôt, les représailles des Allemands sont doublement symboliques : elles s’en prennent à des victimes innocentes, des civils, et elles ont lieu un jour de fête, le 31 décembre. » À Saint-Eustache, comme dans tous les autres villages de France, la Saint-Sylvestre retentit toujours. Mais le cœur reste lourd.

Colette Lanier, Article du 31 déc. 2023