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« Nous dévoilons une plaque portant le nom d’un homme qui, dans l’une des périodes les plus tragiques de notre histoire, choisit la dignité plutôt que l’indifférence, le courage plutôt que la résignation, l’humanité plutôt que la peur », soulignait Jean-François Bocquet, délégué général du Souvenir français de Haute-Savoie.
Originaire d’Alsace, Henri Frauli s’installe à Cluses avec sa femme Régine et leur fils Jean en 1942. Il est alors nommé contrôleur départemental du service chargé de l’assistance aux réfugiés en Haute-Savoie, un poste qui lui permet de circuler relativement librement. Il peut ainsi identifier les familles juives menacées.
À partir de l’automne 1942, puis après l’occupation de la zone libre par les troupes italiennes et allemandes en septembre 1943, la Haute-Savoie devient l’une des principales portes de passage vers la Suisse. Contrairement à Annemasse, où les filières sont aujourd’hui bien documentées, Cluses constitue un itinéraire plus discret, empruntant les vallées de l’Arve et du Giffre ainsi que les sentiers de montagne conduisant vers le Chablais ou le Faucigny.
Révolté par les persécutions menées contre les Juifs durant l’Occupation par le régime de Vichy, le couple Frauli, avec l’aide du curé de Cluses, le père Paul Chevallier, crée une filière de sauvetage afin d’organiser le passage de familles juives vers la Suisse.
Grâce à leurs relations, ils recrutent des guides connaissant les sentiers de montagne conduisant au Valais suisse, où d’autres réseaux prennent ensuite les réfugiés en charge. Avant leur départ, le réseau d’Henri Frauli leur procure une aide matérielle, organise des hébergements provisoires et les met en relation avec des passeurs sûrs. Les déplacements s’effectuent principalement de nuit pour davantage de discrétion. Il faut se souvenir que ces passeurs agissent au péril de leur vie : être découverts signifie l’arrestation, la déportation, voire la mort. La milice française et la Gestapo sont présentes partout.
Progressivement, le réseau d’Henri Frauli s’étoffe et plusieurs prêtres des villes alentour s’engagent à leur tour sur ce chemin de résistance. Cette filière permet à plusieurs familles de trouver refuge et liberté.
Parmi elles figure Vital Pollack, avocat marseillais accueilli à Cluses avec sa mère en 1942. Lorsque cette dernière est arrêtée, Henri Frauli continue à protéger Vital, lui apporte nourriture et refuge jusqu’à la Libération. Il peut alors lui restituer intacts les quelques bijoux que sa mère lui avait confiés.
« Ce geste est d’une simplicité désarmante et pourtant il résume une conception de l’honneur, car le courage ne se mesure pas seulement sur les champs de bataille », poursuivait Jean-François Bocquet.
Par chance, la filière d’Henri Frauli échappe à la surveillance et n’est pas découverte jusqu’à la Libération.
« Cette plaque rend également hommage à Régine, à l’abbé Paul Chevallier, aux prêtres, aux guides, aux passeurs, aux familles d’accueil, à tous les anonymes qui, sans uniforme ni décoration, choisirent de sauver des vies plutôt que de détourner le regard », relevait encore Jean-François Bocquet.
Après la guerre, Henri Frauli retrouve la ville de Munster et participe activement à la vie culturelle locale.
Il est reconnu Juste parmi les Nations le 23 avril 1975 par Yad Vashem, l’Institut international pour la mémoire de la Shoah. Ce titre rend hommage à ceux qui ont risqué leur vie pour sauver des Juifs durant la Shoah. Henri Frauli est décédé en 1981, à l’âge de 90 ans.
Le DauphinéNathalie Sarfati, 19 août 2026
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