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Dépositaire d’une histoire familiale riche et glorieuse qui a profondément forgé sa personnalité et son engagement patriotique, Reynald Lustremant est aujourd’hui un membre actif de l’Union nationale des combattants (UNC 74) de Cluses et instructeur à l’école des jeunes porte-drapeaux de Haute-Savoie, qui vise à former des jeunes en transmettant l’histoire et les valeurs de la République.
Pour ne parler que du XXe siècle, l’arrière-grand-père de Reynald, Émile Lustremant, engagé dans l’armée française, s’est retrouvé combattant dans l’armée de Salonique, aussi appelée Armée d’Orient, déployée dans les Balkans à partir de 1915 pour soutenir la Serbie et combattre les Bulgares : « Beaucoup de personnes ont oublié que la guerre a continué après le 11 novembre 1918. Cette date est la fin des combats en Occident, mais ils continuent en Orient, jusqu’à la chute de Bucarest, en mars 1919 », précise-t-il.
Mais l’histoire continue et son grand-père, lui aussi prénommé Émile, a également été un combattant. À 19 ans, lorsqu’éclate la Seconde Guerre mondiale, il part de Valenciennes pour être enrôlé sur le front de Gembloux, en Belgique, en mai 1940. Après avoir repoussé les Allemands, qui sont ensuite parvenus à faire reculer les Français jusqu’à Dunkerque, il est parti en Angleterre pour ne pas se rendre.
Gaulliste de la première heure, il était sur l’île avant même l’appel du Général. Revenu en France, il a intégré un réseau de résistance dans une section du Nord. « Il est décédé il y a huit ans, à l’âge de 99 ans. C’était une force de la nature », remarque Reynald Lustremant, qui relate avec émotion son voyage avec ce grand-père charismatique à Colombey-les-Deux-Églises, pour se rendre sur la sépulture du Général de Gaulle en 1970.
Il n’était cependant pas le seul résistant de la famille. Le beau-frère et parrain de son grand-père, Jean Pouchard, était parachutiste de la France libre. Il est décédé en juillet 1944 en protégeant son lieutenant, tué également lors de la bataille de Normandie. Son sacrifice a notamment permis à son équipe de s’échapper et de procéder à de nombreuses destructions d’infrastructures essentielles pour l’ennemi, ainsi qu’être à l’origine de la Libération de la Bretagne.
Né dans le nord de la France, en 1962, « dans un climat de relative paix », Reynald arrive avec sa famille en Haute-Savoie en 1974. Ce qui, dans un premier temps, a profondément marqué le jeune garçon, c’est la guerre d’Indochine : « Quand j’étais enfant, je voyais à la télévision les images de la guerre du Vietnam et du coup j’arrivais à imaginer ce qu’il s’était passé en Indochine. Et ça m’a passionné, d’autant que trois de mes oncles y sont allés », confie-t-il.
Reynald Lustremant a accompli son service militaire de février 1982 à août 1983 : « Avec une telle histoire familiale, il fallait que je m’engage pour aller à Berlin », explique-t-il. Cette ville était à l’époque une enclave en plein centre de l’Allemagne de l’Est, occupée par la France, l’Union Soviétique, l’Angleterre et les États-Unis. Sa mission était de préparer la fuite des civils français en cas d’invasion. Il se souvient d’avoir rendu les honneurs devant Ronald Reagan, le 11 juin 1982, à l’aéroport de Tempelhof et surtout de sa médaille de la défense nationale : « Être décoré à Berlin, c’était formidable. J’aime arborer cette médaille lors des commémorations », note-t-il.
À son retour, il retrouve la vie civile, tout en restant réserviste. Il passe une année en Guyane, pour s’occuper d’un camp de réfugiés du Suriname, puis il a brièvement été policier municipal à Morzine, avant de rejoindre, en avril 1990, la Société du tunnel du Mont-Blanc (STMB), qui deviendra l’ATMB, où il a été agent de sécurité pendant 35 ans. En parallèle, il sera en particulier conseiller du salarié pendant 22 ans et conseiller aux Prud’hommes de 2008 à 2018.
À la retraite depuis 2025, Reynald a rejoint la réserve citoyenne, dispositif bénévole lui permettant de s’engager au service de missions d’intérêt général, comme l’éducation, la sécurité, la défense et d’entrer comme instructeur à l’école des jeunes porte-drapeaux.
Reynald Lustremant est membre de l’UNC Cluses et du Souvenir français. Ayant baigné dans les histoires de la France, qui regorgent d’anecdotes, la transmission de cette mémoire est pour lui plus qu’un devoir. Presque une mission.
Participer aux commémorations, c’est aussi respecter et rendre hommage aux combattants de sa famille. Il aime expliquer aux jeunes les valeurs qui ont façonné le pays, l’importance des porte-drapeaux et la signification des protocoles lors des cérémonies. « On commence à leur apprendre à connaître les couleurs du drapeau français », sourit-il.
Pour commémorer la Libération de Cluses, il y a 82 ans, trois temps forts sont au programme ce mardi 18 août. La municipalité, en partenariat avec l’Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (ANACR), organise le fleurissement des stèles et plaques commémoratives des résistants du secteur morts lors des combats. Le rendez-vous est fixé à 15 h 45 sur le parvis de la mairie de Cluses.
Plusieurs lieux de recueillement seront ainsi visités, afin de rendre hommage à René Giroud-Gerbettant, torturé et fusillé le 20 juillet 1944, à Pierre Grenat et André Brun, tous deux FTP, tombés la veille de la Libération, le 17 août 1944, à Michel Hohol et à Auguste Riondet, premier chef de l’Armée Secrète du secteur, qui fut fusillé le 4 mars 1944 au camp de Buchenwald.
Devant le presbytère sera dévoilée à 18 heures une plaque commémorative présentant le parcours d’Henri Frauli, résistant. À 18 h 30 se tiendra la cérémonie de commémoration devant la stèle du souvenir, rue du Pré Bénévix, suivie à 19 heures de la cérémonie officielle devant le monument aux morts.
Enfin, les festivités, organisées par le comité des fêtes, débuteront dès 19 h 30 avec un repas sur la place Charles-de-Gaulle, suivi d’un bal de la Libération, auquel sont conviés tous les citoyens. L’animation musicale sera assurée par l’orchestre musette Blue-Note.
Le DauphinéNathalie Sarfati, 17 août 2026

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