Le Souvenir Français
Délégation de la Haute-Savoie (74)
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À 97 ans, il est le dernier témoin des combats du col du Midi

À 97 ans, René Bozon est le dernier témoin en vie des combats ayant eu lieu au col du Midi (massif du Mont-Blanc) en février 1945.

À 97 ans, René Bozon est le dernier témoin en vie des combats ayant eu lieu au col du Midi (massif du Mont-Blanc) en février 1945. Les combats les plus hauts d’Europe.

Le corps médical déconseille de monter à l’aiguille du Midi après 75 ans, mais même à 97 ans, les 3 842 mètres d’altitude du plus haut téléphérique de France n’effraient pas René Bozon.

En même temps, ce Chamoniard d’une modestie à la hauteur de sa longévité connaît par cœur ces montagnes qui l’ont vu naître et dans lesquelles il prit part au combat le plus haut d’Europe en février 1945. Une bataille d’altitude hautement symbolique, dont René Bozon est le dernier témoin encore en vie. Et en cette qualité, le nonagénaire n’hésite pas à défier l’hypoxie quand le devoir l’appelle.

Fin janvier, l’École militaire de haute montagne (EMHM) et la Compagnie du Mont-Blanc, qui exploite le site de l’aiguille du Midi, inauguraient une plaque en mémoire de ces affrontements dont se souvient parfaitement celui qui n’avait à l’époque que 18 ans. « Ces événements sont gravés en moi à vie », reconnaissait-il sur la terrasse des Cosmiques, sous le regard admiratif des chasseurs alpins présents pour cette cérémonie solennelle.

Les yeux rivés vers les glaciers, le natif du village des Pèlerins s’est d’ailleurs remémoré cette nuit du 17 février 1945, lorsque 24 Français affrontèrent 40 Allemands et Autrichiens à près de 3 500 mètres d’altitude. Lui, tenait le poste de « radio » et assurait en morse, la communication entre les unités. Un rôle clef puisque le jeune résistant devenu soldat informait régulièrement le commandement situé à Chamonix des évolutions et put solliciter, au moment opportun, le renfort d’une section de mitrailleurs.

Obligés de se taper l’épaule pour savoir qui répondaient en français ou en allemand

Une bataille quelque peu chaotique initiée tant par les Français que par les Allemands. « On nous a dit qu’Hitler avait donné l’ordre à son armée d’engager une dernière bataille en altitude. Dans la foulée, nous apprenions que les troupes de montagne allemandes étaient au refuge de Torino. Notre commandant Rachel craignait donc qu’ils se servent de ce camp de base pour nous attaquer au col du Midi, et comme il n’avait pas froid aux yeux, il a proposé qu’on aille les attaquer en premier », se souvient le montagnard. Les Français partent alors en direction des Allemands sans savoir qu’au même instant, l’ennemi avance vers eux. Tous se retrouvent en pleine nuit au milieu de la vallée Blanche, habillés de la même tenue de camouflage blanche. « Ils se sont tous retrouvés les uns dans les autres et étaient obligés de se taper l’épaule pour savoir qui répondaient en français ou en allemand », précise René Bozon.

Un seul soldat est tué dans ce corps à corps sommital. Les huit autres victimes tombent sous les balles des fusils-mitrailleurs postés sur l’arête rocheuse qui monte vers le mont Blanc du Tacul. Obligés de rebrousser chemin, les militaires allemands tentent de remonter les pentes qui mènent à Torino. « J’ai vu des Allemands porter leurs camarades blessés ou tués. Certains ont probablement pu rejoindre leur pays grâce à eux », note celui qui sait reconnaître la bravoure, même chez l’adversaire.

Des combats toujours étudiés par les Chasseurs alpins

Le 9 avril de la même année, le massif du Mont-Blanc est le théâtre d’une ultime bataille. Un duel d’artillerie qui oppose des canons en batterie installés près de l’observatoire des Cosmiques à des pièces ennemies, nichées juste de l’autre côté de la frontière italienne. Deux conflits de nature variée, que près de 80 ans plus tard, les Chasseurs alpins continuent d’étudier. « Ils sont la preuve que des combats armés peuvent se produire dans un milieu des plus exigeants avec des conditions d’hiver rudes », explique le colonel Lionel Mayade à la tête de l’école militaire de haute montagne. « Une bataille tactique et symbolique comme celle-ci peut à nouveau se dérouler. Elle résonne tout particulièrement chez les troupes de montagne, qui savent que dans ce genre de situation, elles ne domineront pas le monde, mais qu’elles peuvent dominer leur adversaire ».

Une humilité dont René Bozon est la parfaite illustration. Après les heurts les plus hauts d’Europe, sa vie militaire ne s’arrête pas pour autant. Celui dont l’insouciance fut balayée par la guerre rejoint plusieurs régiments dans les Alpes du sud. Il passe aussi quatre mois en Autriche avant de reprendre la vie civile, après 28 mois de service. De toute cette expérience belliqueuse, le Chamoniard avoue surtout avoir été très marqué par cette bagarre dans son jardin haut perché. « Nous étions juste au-dessus de chez moi. La terre de ma famille et ma famille étaient juste en dessous. Il me fallait les défendre comme je le pouvais », glisse-t-il, inquiet du retour de la guerre en Europe.

Un investissement sans faille malgré des drames

Mémoire de la capitale de l’alpinisme, l’enfant du pays n’a depuis jamais cessé de s’investir pour sa vallée. Fort skieur il est en concurrence directe avec un certain James Couttet. Mais comme il fallait bien nourrir la famille, René retire son dossard pour retourner travailler. Professeur de ski à l’École nationale du ski et d’alpinisme (Ensa), le Chamoniard y apprend des drames qui, encore plus que la guerre, lui font comprendre la valeur de la vie. Son petit frère Charles, lui aussi génie de la glisse, périt dans l’avalanche de l’aiguille Verte en juillet 1964 , avec 14 stagiaires de l’Ensa. Richard, son fils, est emporté par une avalanche aux Grands Montets en janvier 1995. L’insatiable appel des sommets et la dangerosité de la montagne, il ne connaît que trop.

Après 39 années de carrière à l’Ensa, 39 autres de veille comme pompier volontaire, 39 passées en tant que président du Club des sports et 36 ans comme élu municipal, René Bozon prend sa retraite dans son chalet des Bossons. Dans Chamonix, tous parlent de lui comme un exemple de bonté et d’engagement. Un homme dont l’énergie défie l’âge et une vie marquée par la montagne, pour le meilleur et pour le pire.

Baptiste SAVIGNAC, Article du 14 février. 2023
Guerre à Chamonix Avril 1945 : Combat au col du midi - Photo Collection Musée des troupes de montagneLe 9 avril 1945, les canons français, hissés grâce à la ligne de service, détruisent l’artillerie allemande au mont Frety, après avoir tiré 300 obus au-dessus du glacier du Géant et de la frontière. Photo Collection Musée des troupes de montagneRené Bozon qui, à l’âge de 18 ans, a participé à la bataille du col du Midi était présent, aux côtés de Chasseurs alpins, à l’inauguration de cette plaque commémorative installée sur la terrasse des Cosmiques.