Le Souvenir Français
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Les Villards-sur-Thônes — Serge Porret redonne vie aux soldats morts pendant la Grande Guerre (DL)

Jeudi 20 août 2026 — Souvenir Français — Vallées de Thônes 
Dans son antre de la ferme familiale, Serge Porret parmi quelques pièces d’un travail qui en compte plusieurs milliers. Photo G.B.- DL

Ils sont fans ou collectionneurs, ils y consacrent une grande partie de leur temps, voire de leur argent. Aujourd’hui, Serge Porret témoigne de sa passion pour redonner vie aux soldats morts pendant la guerre 14-18.

Serge Porret a une curiosité dévorante et irradiante… Depuis plus de vingt ans, il mène une vie d’enquêteur à partir de photos, objets, lettres, armes ou éléments d’habillement, tous authentiques, provenant de la guerre 14-18, tout cela pour nourrir une conviction devenue passion qui taraude sa vie. C’est le sentiment qu’une mémoire peut être sauvée, qu’un nom peut être rendu à une famille, qu’un objet oublié peut redevenir un témoignage, qu’une image en noir et blanc peut redonner de la couleur à la vie.

Une mémoire à réhabiliter

Tout cela part d’une histoire familiale. Sa grand-mère, atteinte d’une maladie de la mémoire, ne cesse de pleurer en cherchant son frère, François-Joseph Dupont-Roc, mort le 10 août 1916 à 21 ans à Fleury devant Douaumont, son corps jamais retrouvé. « Elle cherchait son frère, moi je me suis aussi mis à le chercher », indique Serge qui se met alors en quête pour comprendre, trouvant réponse dans les archives de la Croix rouge…

Il veut dorénavant « laisser une trace » de François Joseph en inscrivant son nom sur l’ossuaire de Douaumont, ne désespérant pas d’y arriver malgré deux refus.

Serge travaille à partir d’éléments souvent confiés par des familles ou glanés çà et là. Il lui faut alors identifier les personnes, replacer des prénoms sur des noms de famille, comparer les indices, annoter les clichés, beaucoup de documents étant des énigmes à résoudre. Sa table de travail regorge de papiers classeurs ou chemises, comme celle intitulée « exécution du 36e régiment d’infanterie colonial ». Elle relate un témoignage d’un soldat ayant pris part au peloton d’exécution de militaires qui, s’étant repliés volontairement des combats, furent fusillés « pour l’exemple ».

Serge ne collectionne pas seulement des souvenirs, il reconstitue des liens. À travers photos, lettres ou casques, se cache une existence qui mérite d’être racontée, certes, mais aussi une mémoire à réhabiliter. Sur sa lancée, Serge s’ouvre alors au grand public en organisant des expositions consacrées à la Grande Guerre, notamment autour des commémorations de 2015 et de 2018, rappelant que 1914-1918 demeure un drame bien vivant dans les familles par les silences transmis d’une génération à l’autre…

Sa passion de l’ombre l’a également propulsé dans la lumière, devenant ainsi président du souvenir français du canton de Thônes, menant notamment des actions auprès des écoles. Il invite ainsi à travailler l’histoire non plus dans les livres, mais sur le terrain avec des documents réels, marqués par le sens, qui oblige à remonter le temps pas soi-même. Se muant alors dans le silence, Serge se met à feuilleter un classeur comprenant les très nombreuses lettres d’un soldat envoyées à son épouse pendant la guerre, chacune comportant un brin de fleurs séchées en en-tête.

Un signe que l’amour demeure un merveilleux carburant dans les pires moments de l’histoire.

Serge Porret a une curiosité dévorante et irradiante… Depuis plus de vingt ans, il mène une vie d’enquêteur à partir de photos, objets, lettres, armes ou éléments d’habillement, tous authentiques, provenant de la guerre 14-18, tout cela pour nourrir une conviction devenue passion qui taraude sa vie. C’est le sentiment qu’une mémoire peut être sauvée, qu’un nom peut être rendu à une famille, qu’un objet oublié peut redevenir un témoignage, qu’une image en noir et blanc peut redonner de la couleur à la vie.

Une mémoire à réhabiliter

Tout cela part d’une histoire familiale. Sa grand-mère, atteinte d’une maladie de la mémoire, ne cesse de pleurer en cherchant son frère, François-Joseph Dupont-Roc, mort le 10 août 1916 à 21 ans à Fleury devant Douaumont, son corps jamais retrouvé. « Elle cherchait son frère, moi je me suis aussi mis à le chercher », indique Serge qui se met alors en quête pour comprendre, trouvant réponse dans les archives de la Croix rouge… Il veut dorénavant « laisser une trace » de François Joseph en inscrivant son nom sur l’ossuaire de Douaumont, ne désespérant pas d’y arriver malgré deux refus.

Serge travaille à partir d’éléments souvent confiés par des familles ou glanés çà et là. Il lui faut alors identifier les personnes, replacer des prénoms sur des noms de famille, comparer les indices, annoter les clichés, beaucoup de documents étant des énigmes à résoudre. Sa table de travail regorge de papiers classeurs ou chemises, comme celle intitulée « exécution du 36e régiment d’infanterie colonial ». Elle relate un témoignage d’un soldat ayant pris part au peloton d’exécution de militaires qui, s’étant repliés volontairement des combats, furent fusillés « pour l’exemple ».

Serge ne collectionne pas seulement des souvenirs, il reconstitue des liens. À travers photos, lettres ou casques, se cache une existence qui mérite d’être racontée, certes, mais aussi une mémoire à réhabiliter. Sur sa lancée, Serge s’ouvre alors au grand public en organisant des expositions consacrées à la Grande Guerre, notamment autour des commémorations de 2015 et de 2018, rappelant que 1914-1918 demeure un drame bien vivant dans les familles par les silences transmis d’une génération à l’autre…

Sa passion de l’ombre l’a également propulsé dans la lumière, devenant ainsi président du souvenir français du canton de Thônes, menant notamment des actions auprès des écoles. Il invite ainsi à travailler l’histoire non plus dans les livres, mais sur le terrain avec des documents réels, marqués par le sens, qui oblige à remonter le temps pas soi-même. Se muant alors dans le silence, Serge se met à feuilleter un classeur comprenant les très nombreuses lettres d’un soldat envoyées à son épouse pendant la guerre, chacune comportant un brin de fleurs séchées en en-tête.

Un signe que l’amour demeure un merveilleux carburant dans les pires moments de l’histoire.

Transmettre aussi la mémoire des Glières
Président du souvenir français du canton de Thônes, Serge Porret veut transmettre également la mémoire des combats des Glières auprès des générations contemporaines, en menant des visites directement sur les lieux de l’histoire, avec sa conviction percutante : « Les monuments c’est bien, mais en allant sur le lieu des combats, on est au cœur de l’Histoire pour mieux l’appréhender et mieux comprendre ce qu’il s’est passé. » Il a ainsi organisé ainsi une cérémonie en souvenir des 80 ans d’une autre tragédie méconnue qu’a connu le village, celle du 29 mars 1944.

Le 26 mars 1944 marque l’évacuation du plateau des Glières par les maquisards. Trois d’entre eux se réfugient alors au chalet de La Cha sur les contreforts du Mont-Lachat, une ancienne ferme appartenant à la famille Sondaz sur la commune des Villards-sur-Thônes. Les soldats allemands retrouvent leurs traces le 29 mars 1944, les fusillent et mettent le feu au bâtiment. Quelques années plus tard, Roland Sondaz, enfant du village, récupère des éléments de bois du pouvant être réutilisés et y construit un chalet quelques lieux plus loin.

Ce faisant, il pose un acte fondateur au large spectre. Le 80e anniversaire donnera lieu à une cérémonie spontanée organisée par Serge Porret au printemps 2024 en présence notamment de la famille, afin de rappeler cet événement peu connu qui est relaté par une stéle et une croix. Une occasion de rappeler les faits et d’en essaimer le sens auprès des générations contemporaines. La famille Sondaz avait été alors profondément marquée de cette manifestation spontanée, tant ce chalet constitue un point de ralliement annuel entre cousins ou un lieu de promenade pas comme les autres… Évoquant aujourd’hui cette cérémonie, Catherine, fille de Roland Sondaz, revient sur l’attachement tripal de ce chalet dans son histoire personnelle pour elle et ses deux frères, Jean-Jacques et Maurice. D’une voix entravée par l’émotion au souvenir de cette journée, elle en dit que « c’était magnifique. »

Georges Bise, 20 août 2026
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