Le monument 14 juin 1944, au carrefour de la Croisée. Huit hommes du groupe de Vanzy tiennent tête pendant plus de deux heures à une colonne de 25 camions allemands qui roule vers Bellegarde. Le soir même, Éloise paie le prix fort : des fermes brûlent, des civils sont fusillés. De ces représailles, les maquisards de la Semine tirent leur nom, les Sans-Pardon. Leur histoire commence pourtant bien avant, dès l'été 1940, sur ce plateau frontalier où un maire, ancien poilu, choisit de ne pas plier. Les circonstances En juin 1940, les troupes allemandes, bloquées par l’armée des Alpes sur le Haut-Rhône et à Fort l’Écluse, ne peuvent prendre le contrôle de la frontière entre la Haute-Savoie et la Suisse. Lorsque l’armistice crée une zone occupée par les Allemands, la Haute-Savoie est le seul département de la zone restée libre disposant d’un accès à la Suisse, pays neutre : un atout pour exfiltrer des évadés, des combattants (aviateurs notamment), des Juifs, etc. Le plateau de la Semine constitue une zone charnière pendant l’Occupation, car le département de l’Ain est coupé en deux : l’essentiel demeure en zone libre, tandis que le pays de Gex, frontalier avec la Suisse, est déclaré zone occupée interdite, de même que six communes de Haute-Savoie : Arcine, Chevrier, Clarafond, Éloise, Vulbens et Saint-Germain-sur-Rhône. Cependant, le 24 août 1941, ces communes sont rattachées à la zone libre, puis à la zone d’occupation italienne à partir du 11 novembre 1942. Cette situation administrative particulière et la proximité avec les maquis du Bugey et du Valromey favorisent l’émergence de mouvements de Résistance. Robert Gassilloudorganise la résistance locale dès 1940 Dès juin 1940, Robert Gassilloud, maire d’Éloise et ancien combattant de la Première Guerre mondiale, fait mettre en lieu sûr les munitions d’un dépôt abandonné par les troupes françaises. Il assure des passages clandestins et transmet du courrier en franchissant le Rhône par des points non surveillés (« Pertes du Rhône », hameau d’Essertoux et sa passerelle qui reliait Arlod). Sous son autorité, la mairie d’Éloise procure des papiers d’identité et des cartes de ravitaillement. En 1943, Robert Gassilloud refuse l’instauration du Service du travail obligatoire et décide qu’aucun homme de sa commune ne répondra à l’appel : Il encourage les jeunes réfractaires à se soustraire aux convocations tandis qu’il affronte les autorités. C’est ainsi que le premier groupe de résistants sédentaires de la Semine se forme en juillet. Contacté par Pierre Ruche, qui organise l’Armée secrète (A.S.) entre Saint-Julien, Cruseilles et Seyssel, Robert Gassilloud prend la responsabilité du secteur avec Marius Marmonnier et Émile Curtenaz de Vanzy, Coppier de Clarafond, Jean Roset de Saint-Germain-sur-Rhône, Auguste Menu de Challonges, Marius Giet et Charles Métral de Bassy. Ensemble, ils formeront une compagnie de 89 résistants répartis en trois sections : l’As de trèfle, l’As de carreau et l’As de cœur. Les actions de la Résistancesur le plateau de la Semine En janvier 1944, le corps franc Simon, groupe de combattants du secteur des Glières, se réfugie à Saint-Germain-sur-Rhône où il est accueilli par Robert Gassilloud. Son chef, François Servant, sera finalement capturé par les forces de Vichy. D’autres groupes de résistants viendront « se mettre au vert » dans la Semine. En 1944, plusieurs parachutages de conteneurs à Éloise permettent d’armer les résistants locaux et ceux de l’Ain voisin : le 5 mars au Bois d’Arlod, le 28 avril à Beaumont et le 12 août avec 54 conteneurs. Par la suite, les Sans-Pardon, déjà armés, participent à la protection du grand parachutage des Glières du 1er août 1944. Lors des combats de la Libération du Genevois, ils sont chargés, dès le 15 août, de contrôler l’axe Frangy-Bellegarde. Les 16 et 17 août, ils viennent sur le secteur de Chevrier-Valleiry participer aux combats du pont Carnot. Georges Deconfin de Saint-Germain-sur-Rhône, Louis Rey, Georges Perrier d’Éloise, Pierre Guinard de Bellegarde et Félix Borget de Chêne-en-Semine perdent la vie, mais les Allemands sont repoussés. Le 18 août, le Genevois est enfin libéré. Le 19 août, c’est l’ensemble de la Haute-Savoie qui devient libre par les seules forces de la Résistance intérieure. Les actions des résistants de la Semine durant le conflit ont également reposé sur l’implication sans faille des femmes, trop souvent passée sous silence. Les familles et la population des villages firent corps sans qu’aucune dénonciation ne soit signalée. Juin 1944, la compagnie de la Semineprend le nom de Sans-Pardon Lors du débarquement en Normandie, le 6 juin 1944, des ordres sont donnés depuis Londres pour mobiliser les réseaux de résistance des Forces françaises de l’intérieur afin de passer à l’action et fixer les forces allemandes. Les maquis de l’Ain de Fenestraz et Henri Romans-Petit parviennent à prendre le contrôle de Bellegarde et de Fort l’Écluse le 10 juin. Les Allemands réagissent rapidement et font converger des renforts pour reprendre la ville. Le 14 juin, un convoi de 25 camions de l’avant-garde allemande se dirige vers Bellegarde et se heurte, à la Croisée, à huit résistants du groupe de Vanzy commandé par Marius Marmonnier. Ceux-ci les bloquent pendant plus de deux heures avant de se replier, laissant trois morts : Louis Ducenti, Gaston Ninet et Camille Tomasi d’Éloise. Un renfort venu de Bellegarde les soutient et les résistants tiennent toute la journée, mais ils perdent encore deux hommes et comptent une vingtaine de blessés. Les Allemands, déchaînés, entrent finalement dans Éloise et se livrent à de terribles représailles contre la population civile : Adèle Perrier est assassinée, les fermes Mermet et Dumont sont incendiées, Angelo Zanardo et Francis Zanardo sont fusillés, tandis que Joseph Dupraz et Albert Durand, de l’A.S. de l’Ain, sont tués. Les Allemands poursuivent leurs pillages dans les hameaux de Fiolaz, du Bois d’Arlod et de Malbrande. Le lendemain, Bellegarde, submergée de tous côtés, est reprise par les Allemands les résistants se replient dans les montagnes. En mémoire des exactions et des pillages commis à Éloise, les maquisards de l’A.S. de la Semine prennent le nom de Sans-Pardon. CommémorationLe 14 juin 1944 au matin, un convoi de cinq véhicules des forces allemandes venant de Frangy se dirige en direction du plateau de la Semine. Un groupe de huit hommes armés prend position près de la croisée des routes. Surpris par un feu intense, le convoi est bloqué.Ce que les maquisards ne savent pas, c’est que le groupe n’est que l’avant-garde d’une vingtaine d’autres véhicules. Les Allemands continuent leur progression vers Éloise. Ils font sortir tous les habitants et les rassemblent sur la place de la mairie. Les maisons Mermet et Dumont sont brûlées, Angelo Zanardo et Francis Zanardo sont fusillés, Adèle Perrier est poignardée. Éloise aura payé un lourd tribut avec ses 18 tués et ses 2 morts en déportation. Pour ces faits, le 11 novembre 1948, la commune s’est vue décerner la croix de guerre 1939-1945 pour acte de résistance.Éloise — 14 juin 1944 : combat du 14 juin À lire sur le siteÉloise — Inauguration du panneau des Sans-PardonÉloise — UK°Die « Sans Pardon », Kompanie der geheimen Armee der SemineÉloise — “Les Sans-Pardon” sign, the Semine Secret Army companyÉloise — Stèle des sans PardonA.S. Compagnie de la SemineMaquis des Les Sans-PardonDocuments PDFPanneau Les Sans-Pardon (PDF) 4 Mo×
Le 14 juin 1944 au matin, un convoi de cinq véhicules des forces allemandes venant de Frangy se dirige en direction du plateau de la Semine. Un groupe de huit hommes armés prend position près de la croisée des routes. Surpris par un feu intense, le convoi est bloqué.Ce que les maquisards ne savent pas, c’est que le groupe n’est que l’avant-garde d’une vingtaine d’autres véhicules. Les Allemands continuent leur progression vers Éloise. Ils font sortir tous les habitants et les rassemblent sur la place de la mairie. Les maisons Mermet et Dumont sont brûlées, Angelo Zanardo et Francis Zanardo sont fusillés, Adèle Perrier est poignardée. Éloise aura payé un lourd tribut avec ses 18 tués et ses 2 morts en déportation. Pour ces faits, le 11 novembre 1948, la commune s’est vue décerner la croix de guerre 1939-1945 pour acte de résistance.Éloise — 14 juin 1944 : combat du 14 juin
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