Le Souvenir Français
Délégation de la Haute-Savoie (74)
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Villard — Collégiens, leur documentaire contribue au devoir de mémoire

Le documentaire réalisé en 2010 a été diffusé dans le petit cinéma du village de Villard, ce samedi 6 avril, avec les collégiens de l’époque. Il a fait salle comble.

Le réalisateur savoyard Pierre Beccu est revenu en vallée Verte à la rencontre des collégiens avec qui il avait réalisé, en 2010, un documentaire sur les derniers témoins de la Seconde Guerre mondiale. Pour éviter qu’il ne tombe dans l’oubli, le cinéaste interroge aujourd’hui ces presque trentenaires sur la manière de poursuivre ce travail mémoriel, à la veille des 80 ans de la Libération.

« Lui est à Paris, il ne pouvait pas descendre. Elle, est installée dans le Sud maintenant. Morgane ?

Mais si, tu sais, c’était cette blonde aux cheveux longs. » En 15 ans, les souvenirs se sont pour certains, un peu émoussés. Mais l’émotion était bien palpable ce samedi 6 avril dans le cinéma La Trace de Villard, en vallée Verte. Une dizaine d’anciens collégiens se sont retrouvés, le temps d’unenouvelle- projection du documentaire dont ils ont été les réalisateurs en 2010, Une guerre, une vallée.

Au travers d’une vingtaine d’heures d’enregistrements, les élèves du collège Jean-Marie Molliet de Boëge avaient, à l’époque, collecté les récits des derniers témoins de la Seconde guerre mondiale en vallée Verte. Des témoins aujourd’hui disparus. Et c’est ce qui interroge Pierre Beccu, le réalisateur savoyard qui a piloté le projet  : « Comment alors poursuivre ce devoir de mémoire ? » C’est pour y répondre collégialement que Beccu a donné rendez-vous à ses coréalisateurs, aujourd’hui presque trentenaires.

Ce nouveau travail doit prendre corps dans une websérie mêlant extraits du film originel et interviews des collégiens aujourd’hui adultes.

« Le plus fort a vraiment été l’aspect humain »

Six anciens élèves sont ainsi revenus samedi, face caméra, sur ce qu’ils ont vécu entre 2009 et 2010. Clémentine est aujourd’hui comédienne « pour le théâtre principalement ». « Cette expérience documentaire a forcément joué un peu dans mon parcours. J’en ai surtout retenu le travail de recherche que ça implique et les rencontres avec les gens. Le plus fort a vraiment été l’aspect humain, le partage d’histoire », confie-t-elle.

Pour Pierre Beccu, la clé de la réussite a reposé sur la « responsabilisation » des ados d’alors. « Si on leur accordait notre confiance pour réaliser ce film, les témoins aussi devaient être capables d’en parler. C’est cette légitimité donnée aux jeunes qui a rejailli sur les témoins. »

Adrien, bientôt 30 ans, en atteste : « Ce qui a été assez étonnant, c’est que l’on a eu beaucoup de personnes qui n’ont pas réussi à parler à leur famille, à leurs amis, à leurs enfants, mais qui ont réussi à s’ouvrir à nous, à des jeunes totalement extérieurs à leur vie. Et si ça a été très émouvant pour eux, ça l’a été pour nous aussi. C’était quelque chose de prenant d’entendre le récit de gens fusillés sous leurs yeux. C’était très dur. » Jeune papa, Adrien entend désormais jouer ce rôle de passeur de mémoire avec son fils.

« Je m’y suis crue le temps de quelques pas de valse »

Manon retiendra, elle, « le jour où, avec trois collègues, on est allé danser dans le château d’Habère-Lullin pour reconstituer la tragédie. Je m’y suis crue, le temps de quelques pas de valse… ».

Épisode sanglant de cette Seconde Guerre mondiale, dans la nuit du 25 au 26 décembre 1943, un bal clandestin est organisé dans le château d’Habère-Lullin. Il rassemble de nombreux jeunes, insoumis et désireux de se soustraire durant quelques heures à l’occupation nazie. Mais vers minuit, une descente de SS conduite par un traître stoppe la danse et fait basculer la soirée dans l’horreur : 24 hommes sont fusillés. Pour la plupart, ils avaient entre 16 et 22 ans. Après le massacre, les militaires nazis font rassembler les corps dans la salle de bal et mettent le feu au château. Quelques minutes plus tard, le fruitier, également connu pour ravitailler le maquis, est abattu à son domicile. Les hommes épargnés seront mis dans des trains à destination de camps de concentration ou des services du travail obligatoire (STO). Six mourront en déportation.

« C’était très fort car nous étions en contact direct avec des personnes, qui nous racontaient de vraies histoires qu’elles-mêmes avaient vécues… À titre plus personnel, ça m’a permis aussi d’interroger mes propres grands-mères alors que jusque-là, je n’avais jamais eu cette curiosité-là », poursuit Manon.

Ce devoir de mémoire restera pour tous un indispensable prérequis « pour la paix ».

Virginie Borlet, Article du 9 avr. 2024