Le Souvenir Français
Délégation de la Haute-Savoie (74)
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Albert Séverin Roche, premier soldat de France

Albert Séverin Roche - 1er soldat de france

De la Première Guerre mondiale, l’Histoire retient surtout des noms célèbres tels ceux des généraux ou de maréchaux qui se sont illustrés durant le conflit (Gallieni, Foch, Pétain, Mangin, Gouraud…). Certains de ces officiers ont rejoint le rang des grands chefs au Panthéon militaire, selon la politique de l’hommage public affectionnée par la IIIe République. Pourtant d’autres soldats français au rang plus modeste n’ont pas démérité et ont connu dès la fin du conflit une Gloire sans pareille. C’est le cas d’Albert Séverin Roche, dont le parcours d’origine ne le prédispose en rien au rang de Premier soldat de France…

La guerre ne veut pas d’Albert Roche

Né le 5 mars 1895 à Réauville, près de Montélimar, Albert Séverin Roche est issu d'une famille nombreuse de cultivateurs. Comme nombre de jeunes hommes, il a 18 ans lorsqu'il se présente au conseil de révision en 1914. Mais la déception est à la hauteur de la réponse. Il est refusé en raison de sa constitution trop chétive et de sa petite taille, 1,58 mètre. Ce refus n’entame en rien sa détermination, qui, malgré l’opposition de son père voulant le garder à la ferme, quitte qu'on lui connaît à l'issue de la guerre. la ville. Il veut «  faire la guerre aux Boches   » et s’engager dans les rangs du 30e bataillon de chasseurs car cette unité située à 12 kilomètres de Réauville accepte les volontaires. Mais une seconde déception l’attend : mal aimé et mal noté, le jeune homme ne connaît de la guerre que les quatre murs du camp d'instruction Roche enrage et se sauve pour être rattrapé et jeté en prison. Rien ne laisse alors présager l'avenir militaire radieux

Un petit homme dans la Grande Guerre

En prison, le «  déserteur   » réclame sa mutation au front. Finalement, n'est- ce pas le sort réservé aux mauvais soldats : les envoyer au front se faire tuer ? Roche rejoint alors le 27e bataillon de chasseurs alpins engagé sur l'Aisne. Voltigeur d’abord, grenadier ensuite, homme de liaison enfin, Roche est de tous les coups de main auxquels participe son bataillon. Envoyé dans le camp ennemi avec deux camarades pour détruire un nid de mitrailleuses, le jeune soldat laisse tomber une poignée de grenades dans un abri allemand. L'explosion fait plusieurs morts, et les blessés se rendent facilement, croyant être attaqués par un bataillon entier. Roche n'est plus le «  mal-aimé   ». Ses actes de bravoure se poursuivent : Roche défend, seul, une tranchée de Sudel, en Alsace. Tous ses camarades sont morts. Il met alors en batterie leurs dix lebels sur toute la ligne en passant d'un fusil à l'autre. La ruse réussit et les Allemands se replient.

Quelques mois plus tard, il accomplit un nouvel acte de bravoure et d'audace. Fait prisonnier avec son lieutenant, Roche saute sur l'officier qui l'interroge, le braque avec son propre revolver et tient en joue les douze gardiens allemands. Ce jour-là, son lieutenant sur le dos, Roche fait quarante-deux prisonniers. Il est avec son bataillon sur tous les fronts de la Somme aux Vosges. Dans ses liaisons, il va droit devant lui, porte ses ordres, rend compte et ne s’en fait pas quand «  ça bille   » et, comme il dit : «  Y a des fois, qu’ça bille dur   ». À coups de feu et de bluff, celui, dont on ne voulait pas, aura fait quelques 1180 prisonniers durant la Grande Guerre.

Au Chemin des Dames, le capitaine du bataillon est grièvement blessé entre les lignes. N'écoutant que son courage, Roche vole à son secours et rampe près de six heures pour le retrouver, et quatre heures encore pour le ramener. Il le confie aux brancardiers : le capitaine a perdu connaissance, et Roche, épuisé, s'endort dans un trou de guetteur. Réveillé par un lieutenant français, il est immédiatement arrêté pour «  abandon de poste   ». Roche ne peut s'expliquer, il n'a aucun témoin et, en période de mutineries, les procès vont vite. Conduit dans une tranchée pour y être fusillé, une estafette envoyée par le capitaine sauvé, vient au secours du valeureux soldat. De là, la légende d'Albert Roche est née et fait le tour de France.

Albert Roche, premier soldat de France

Héros de guerre, chevalier puis officier de la Légion d’honneur, le soldat Albert Roche est aussi décoré de la Médaille militaire,Croix deguerre avec palmes, étoiles, totalisant douze citations à l’ordre de l’armée, de la division et du bataillon. Neuf fois blessé, il est présenté comme le Premier soldat de France par le général Foch lors de la libération de Strasbourg. Quelques temps avant, le généralissime avait découvert les états de service de ce soldat de 2e classe, n’en croyant pas ses yeux, il s’était esclaffé abasourdi : «  Il a fait tout cela, et il n’a pas le moindre galon de laine   ».

En 1920, Roche fait partie des huit combattants qui portent le cercueil du Soldat Inconnu à l’Arc de Triomphe. Après avoir participé aux cérémonies les plus grandioses, après avoir côtoyé les plus grands, mangé à la table du roi d'Angleterre, il rentre enfin à Réauville où il épouse une fille de Colonzelle et travaille comme cartonnier. Il succombe simplement, le 15 avril 1939, à l'âge de 44 ans, après avoir été fauché par une voiture, en descendant d’un autobus.

Sa mémoire est honorée bien après la Seconde Guerre mondiale, pour tomber dans l’oubli dans les années 1980. La 27e Brigade d’infanterie de montagne, voulant l’honorer à nouveau, lui consacre une exposition temporaire en son musée en 2018 et décide d’apporter la Flamme de la Nation en 2021 à Réauville.