Le Souvenir Français
Délégation de la Haute-Savoie (74)
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Camille Blanc, maire d'Évian tué en 1961 : un héritage qui traverse le temps

Le maire socialiste d'Évian-les-Bains Camille Blanc) devant le Palais des Fêtes d'Evian-les-Bains, le 23 mars 1961, quelques jours avant son assassinat par l'Organisation Armée Secrète (OAS) le 31 mars 1961

Le 31 mars 1961, le maire d’Évian Camille Blanc, est victime d’un attentat perpétré par l’Organisation de l’armée secrète, après avoir proposé sa ville pour accueillir les négociations de cessez-le-feu en Algérie. À l’occasion des 60 ans de sa mort, retour sur l’héritage d’un maire qui a marqué sa ville de son empreinte.

Il voulait faire de sa ville un symbole de paix et l’inscrire dans l’Histoire. Il est mort pour ses idées. Dans la nuit du 31 mars 1961, le maire d’Évian-les-Bains Camille Blanc, âgé de 49 ans, meurt dans un double attentat perpétré par l’Organisation de l’armée secrète (OAS).

Il avait accepté d’accueillir les délégations française et algérienne qui travaillaient en secret, depuis quatre ans, à l’écriture d’un cessez-le-feu de la guerre d’Algérie, ce que l’Histoire appellera un an plus tard : les Accords d’Évian. Une idée pas au goût de tous. Et surtout pas de l’OAS.

60 ans plus tard, Camille Blanc garde une place de choix dans le cœur des administrés. «  C’était un maire visionnaire et exceptionnel pour la grande majorité de ses concitoyens   », explique Josiane Lei, actuelle maire d’Évian. En effet, élu de 1945 à 1961, le socialiste Camille Blanc veut faire sortir Évian de sa torpeur d’après-guerre. Pour lui, il faut accentuer les efforts sur le tourisme et les activités culturelles. Mais pas que…

En 16 ans d’exercice, Camille Blanc n’est pas resté dans l’ombre et compte de nombreuses réalisations phares : la réfection des réseaux souterrains, l’hôpital [aujourd’hui Centre MGEN Camille-Blanc, NDLR], les premiers logements sociaux, le nouveau tracé des quais, la rénovation des rues. Surnommé “ L’homme des congrès”, Camille Blanc est également à l’origine du Palais des festivités en 1953.

Navré de voir les jeunes Évianais partir au lycée à Thonon chaque jour, il lance également le projet d’un établissement dans sa ville. En 1963, deux ans après sa mort, le lycée Anna-de-Noailles, «  son petit Oxford   », ouvre ses portes. En bon visionnaire, il pense également au-delà des frontières de sa commune. En collaboration avec Thollon, il finance la construction du téléphérique des Mémises. Une initiative qui lui permet d’ouvrir le casino évianais en hiver.

Bien que n’étant pas originaire du coin, il aimait profondément sa ville d’adoption et voulait qu’elle rayonne. Sa tragique disparation avait alors plongé les Évianais dans une profonde tristesse. «  Tout le monde se souvient ce qu’il faisait quand il a appris le décès de Camille Blanc ou le jour de son enterrement. C’était un grand Monsieur   », reprend Josiane Lei, rappelant que la mort de ce dernier avait fait accroître sa popularité déjà très importante.

Un grand homme à Évian qui n’a pourtant pas de rue à son nom. Un fait soulevé par Jean Guillard, membre de l’opposition, lors d’un conseil municipal en décembre 2020. Josiane Lei avait alors répondu que cette proposition serait étudiée, en rappelant toutefois que la MGEN portait déjà son nom.

Camille Blanc, un ancien résistant qui rêvait de paix

Finalement, une idée bien précise pourrait même se détacher. «  La Ville est en train de racheter les bâtiments de l’ancien hôtel Beau Rivage [qui appartenait à Camille Blanc, NDLR], explique Josiane Lei, son gendre m’a récemment dit que Camille Blanc disait souvent que s’il fallait le détruire, il faudrait construire un parc à la place pour mettre en valeur la mairie. C’est une idée à étudier avec le conseil municipal   ». Si le projet venait à être validé par le conseil et la famille, le parc serait alors baptisé “Parc Camille-Blanc”.

60 ans après, la mémoire de Camille Blanc est encore vivace dans les rues d’Évian. La mémoire d’un ancien résistant qui rêvait de paix. La mémoire d’un maire qui voulait faire rayonner sa ville. La mémoire d’un homme apprécié par ses concitoyens.

31 mars 1961 : une nuit tragique et sanglante

Le climat à Évian est tendu. Depuis que Camille Blanc a proposé sa ville pour accueillir les négociations de cessez-le-feu en Algérie, il est à la cible de lettres anonymes et de menaces de mort, à l’instar des notables évianais. Le maire refuse toute protection policière. Résistant et torturé pendant la Seconde Guerre mondiale, il n’est pas inquiet par ces menaces. Pourtant…

Dans la nuit du 31 mars, vers 2h30, un homme veut déposer deux bombes au niveau de l’embarcadère. Une patrouille de police le fait fuir. Changement de programme. Direction le centre-ville et l’hôtel Beau-Rivage, rue de la Source-de-Clermont. Il sait que c’est là que vit le maire.

L’homme dépose une première charge de plastic au niveau de la voiture du maire, stationnée dans la cour entre son domicile et la mairie. Une seconde charge est déposée sur le rebord de la fenêtre de la chambre de l’édile.

La première déflagration réveille Camille Blanc. Le maire se jette sur son téléphone accroché sur le mur à côté de la deuxième charge. La seconde explose. Il est très grièvement blessé et décédera quelques instants plus tard à l’hôpital.

“Le maire d’Évian n’était pas personnellement visé”

L’attentat est revendiqué par l’OAS. Paul Bianchi, membre du mouvement “Jeune nation”, est le commanditaire. L’exécutant, c’est Pierre Fenoglio. Il est spécialement venu d’Alger pour l’attentat. Sur place, il est aidé par un certain Guillaumat, employé du Trésor à Évian. C’est chez ce dernier que les deux charges de plastic ont été confectionnées.

L’enquête est longue et complexe. Fenoglio et ses huit complices sont finalement arrêtés en juin 1966. Ils seront jugés, puis amnistiés un peu plus tard par le général de Gaulle.

Selon les dires de Fenoglio, “le maire d’Évian n’était pas personnellement visé”. Il dira même devant les juges que “les charges n’étaient pas destinées à tuer, mais seulement à faire peur”.

L’idée était de faire sauter le ponton dans le port où devaient aborder les émissaires algériens du Front de libération nationale (FLN).

De l’attentat au cessez-le-feu : un an de négociations pour les Accords d’Évian

La tragique disparation de Camille Blanc ne remet pas en cause la tenue des négociations pour le cessez-le-feu en Algérie dans la cité thermale. Prévues le 4 avril 1961, elles sont reportées et les mesures de sécurités sont renforcées. Le 20 mai 1961, les délégations française et algérienne arrivent à Évian. La première rencontre a lieu à l’ancien hôtel du Parc.

Le 10 juin, les discussions sont stoppées, avant de reprendre au château de Lugrin, le 20 juillet. Les pourparlers sont à nouveau suspendus le 28 juillet. En février 1962, reprise des débats aux Rousses, dans le Jura. Le 7 mars 1962, les délégations sont de retour à Évian. Les négociations sont sur le point d’aboutir.

Une place dans les livres d’histoire

Le 18 mars 1962, un accord définitif est trouvé entre les deux parties. Les Accords d’Évian sont signés et mettent fin à une guerre débutée 8 ans plutôt, en 1954. Une guerre qui aura vu 2,7 millions de soldats traversés la Méditerranée. Une guerre au bilan humain encore sujet à des zones d’ombre. Selon plusieurs sources, 250 000 Algériens et 30 000 Français ont perdu la vie pendant cette guerre.

Le lendemain, le 19 mars 1962, à midi, le cessez-le-feu est applicable. Évian a gagné sa place dans les livres d’histoire. Camille Blanc, décédé un an plus tôt, a gagné son combat pour la paix.

Mattéo NOËL, Article du 17 mars 2022