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La stèle de Chevrier (Haute-Savoie) est érigée le long de la route 206, en aval du village. Elle rend hommage aux morts pour la Libération et aux victimes de la barbarie nazie de la Seconde Guerre mondiale
Le 16 août 1944, alors que la Haute-Savoie se libère, une colonne allemande franchit le Rhône par surprise. En trois jours, Chevrier, Bloux et Valleiry sont pillés et incendiés, et vingt personnes sont tuées. Voici le récit d’un épisode méconnu de la Libération, que le désordre d’un état-major et des ponts mal gardés ont rendu possible.
À la mi-août 1944, alors que les Forces françaises de l’intérieur (FFI) libèrent le département, la situation manque de leur échapper. Une colonne d’environ 150 Allemands franchit le Rhône par surprise : une dizaine de véhicules passent par le pont Carnot, le reste de la troupe à pied par le viaduc de Longeray. Ces points de passage sont stratégiques, mais ils sont mal gardés à cause du désordre qui règne à l’état-major des FFI.
Qui sont ces soldats ? On a parlé de « Cosaques », de « Mongols » ou de Waffen-SS fanatiques, habitués aux pires besognes. Il s’agit plus probablement d’un « bataillon de sécurité », chargé de tenir les voies de communication en prévision de la retraite de l’armée allemande, devenue inévitable. Encadrée par des agents de la redoutable police de sécurité nazie (Sipo-SD), la colonne semble venir du nord par la route de Gex. Le soir du 16 août, elle se porte au secours du poste de douane allemand de Valleiry.
Elle arrive trop tard. Le matin même, la Brigade rouge internationale (B.R.I.) a lancé une attaque violente contre le poste et tué la vingtaine de douaniers allemands qui l’occupaient.
La colonne traverse d’abord Chevrier, où aucun résistant ne se trouve. Elle s’y arrête peu, le temps d’incendier quelques maisons. Elle épargne ensuite Vulbens, grâce à l’intervention du maire, et se dirige vers Valleiry. En chemin, elle se heurte à un groupe de FFI de la Semine (A.S. Compagnie de la Semine) et le repousse au prix de pertes sanglantes.
Furieux, les Allemands pillent Bloux et y mettent le feu à coups de grenades incendiaires. Les habitants, alertés par la fumée qui montait de Chevrier, avaient déjà fui vers la Suisse avec leurs bêtes, par les bois de Vosogne et Chancy.
Arrivés à Valleiry, les Allemands constatent la perte du poste et se vengent en incendiant le village. Ils tuent les quelques habitants qui n’avaient pas fui. À la tombée de la nuit, un groupe de FFI venu par la route de Viry leur barre la route. Isolés en territoire hostile, ils se replient sur le Fort l’Écluse. Le lendemain, 17 août, ils retraversent le Rhône, toujours aussi mal gardé, finissent d’incendier Chevrier, puis regagnent le fort.
Le 18 août, des renforts FFI (A.S. Compagnie de Saint-Julien[/maquis) arrivent de Saint-Julien-en-Genevois, sous les ordres du lieutenant Pierre Ruche. Ils parviennent enfin à endommager le pont Carnot et à sécuriser le secteur. Le bilan est de quatorze FFI et six civils tués. Faute de moyens après la guerre, la reconstruction des villages sera longue.
Chevrier — Raid allemand de représailles ravage le pays du Vuache à l’été 1944
