Le Souvenir Français
Délégation de la Haute-Savoie (74)
menu

Les glorieux chasseurs alpins savoyards en 1914-1918

Les glorieux chasseurs alpins savoyards du 11e BCA d'Annecy en 1914-1918

Envoyées sur le front dès la déclaration de guerre, les troupes alpines comptent parmi les héros de la Grande guerre, dont on célèbre ce vendredi 11 novembre l’anniversaire de l’Armistice.

Lors de la mobilisation générale du 2 août 1914, la majorité des bataillons chasseurs alpins d’active manœuvraient dans les Alpes. Mais l’Italie restant neutre, le 8 août, ils embarquent immédiatement pour les Vosges. Ils pénètrent dans la plaine du Rhin, avant d’être refoulés sur la frontière par une violente contre-attaque allemande. Ils se retranchent alors sur la crête des Vosges.

Renforcés par leurs bataillons de réserve, ils défendent ensuite la Lorraine fin août-début septembre. Certains bataillons de chasseurs alpins sont même envoyés dans la Somme, sur la Marne, ou dans le Nord pendant la “course à la mer”, en septembre-octobre 1914.

Le Lingekopf, dans les Vosges, restera le sinistre tombeau des chasseurs

Mais c’est l’année 1915 qui est la plus terrible pour nos alpins savoyards. Regroupés au sein d’une “armée des Vosges”, ils mènent des attaques aussi héroïques que meurtrières pour le contrôle des sommets vosgiens, et ce, sans résultat décisif. Parmi eux, le Lingekopf restera le sinistre « tombeau des chasseurs ». Les alpins gagnent ici leur surnom de « diables noirs » décerné par leurs ennemis allemands (« bleus » pour les Français, en référence à la couleur de leur uniforme, bleu foncé).

1916 est l’année de la bataille de la Somme pour les chasseurs alpins : aux côtés des Anglais, ils doivent rompre le front. En réalité, ils tombent nombreux pour des gains territoriaux assez minimes entre juillet et septembre 1916.

Puis durant l’hiver 1916-1917, les alpins sont dispersés sur tous les points chauds du front, avant de se regrouper sur le Chemin des Dames. C’est de là que part l’offensive Nivelle du 16 avril 1917, mais l’attaque s’essouffle et piétine.

Les mutineries ne touchent pas les bataillons d’active, mais des désordres sont relevés parmi ceux de réserve et de marche, notamment au 70e BCA : deux chasseurs y ont été fusillés pour l’exemple.

Une fois le calme revenu, les alpins vont revoir le milieu montagnard. En octobre-novembre 1917, ils volent au secours de leurs homologues italiens, les Alpini, démoralisés après le désastre de Caporetto. Les chasseurs contribuent à colmater la brèche et en enlèvent avec brio la position clé du Monte Tomba (sommet italien) aux Autrichiens le 30 décembre 1917.

Mais au printemps 1918, les alpins doivent rentrer d’urgence en France car l’Allemagne en a rompu le front le 21 mars. Ils participent largement à cette ultime “campagne de France” : ils défendent notamment les Flandres en avril-mai 1918, puis contribuent à remporter la deuxième bataille de la Marne, en juillet 1918. Ils passent alors à l’offensive et percent la ligne Hindenburg. L’armistice du 11 novembre 1918 les trouve en train de chasser les Allemands de Picardie.

Après 30 années d’existence, les BCA ont bien mérité leur titre de troupe d’élite. Ils ont servi sans répit au cours de ce conflit, et ce, au prix de lourdes pertes. Le nombre élevé de décorations individuelles et collectives (citations et fourragères) qu’ils se voient décerner témoigne de cette gloire cueillie au champ d’honneur.

La tournée triomphale des chasseurs alpins à New-York pour financer l’effort de guerre des États-Unis

La tournée triomphale des chasseurs alpins à New-York pour financer l’effort de guerre des États-Unis

L’événement est peu connu alors qu’il constitua une importante opération de communication : des chasseurs alpins triés sur le volet reçurent la mission pour le moins originale de motiver les nouveaux alliés américains à souscrire au troisième “Emprunt pour la liberté” lancé par leur président Wilson, pour financer l’effort de guerre.

Ainsi, le 29 avril 1918, une centaine de chasseurs alpins héros de guerre débarquent du paquebot Rochambeau … à New-York ! Certes, les exploits des “blue devils” étaient déjà suivis avec passion par la presse d’Outre-Atlantique, mais l’engouement autour de leur présence va leur ouvrir toutes les portes. Ils visitent les ports de guerre, les camps d’entraînement de leur allié « Sammy » ainsi que des dizaines de villes. Ils sont même reçus à la mairie de New-York, à l’école militaire de West-point et à la Maison Blanche.

C’est une véritable tournée triomphale qui célèbre les alpins : défilés à pied ou en voiture, soirées de gala, rencontres prestigieuses se succèdent dans toute l’Amérique du Nord, le Canada les réclamant à son tour au mois de juin 1918.

Le détachement, à peine sorti de l’enfer des tranchées, parcourt avec émerveillement des milliers de kilomètres en train spécial et fait au total 150 apparitions publiques.

Le résultat dépasse d’ailleurs toutes les espérances : les « diables bleus » lèvent également des fonds pour diverses causes humanitaires.

Mais les meilleures choses ont une fin. Il faut rembarquer le 7 juillet à New-York, pour un retour à Bordeaux le 17. Mission accomplie : le financement de l’effort de guerre des États-Unis a été dopé par leur visite.

Trois questions à Laurent Demouzon, guide du patrimoine et auteur spécialiste du fait militaire dans les Alpes.

Trois questions à Laurent Demouzon, guide du patrimoine et auteur spécialiste du fait militaire dans les Alpes

D’où vous est venue cette idée d’écrire une saga des Diables bleus ?

« Je voulais réaliser une encyclopédie complète des chasseurs alpins en regroupant de la matière historique, de l’uniformologie et aussi de la symbolique. Cette étude ne pouvait donc être contenue dans un seul livre. Avec mon comparse David Thill, nous avons entrepris ce travail colossal, qui comportera quatre tomes au total. »

Rappelez-nous quelles sont les spécificités de cette subdivision d’arme ?

« Les chasseurs alpins sont des troupes aptes au combat en milieu alpestre ou escarpé. Leur recrutement montagnard facilite leur adaptation aux conditions météorologiques difficiles. Ils sont capables de marcher sur de longues distances en abordant les difficultés. Au combat, ce sont de redoutables soldats dévoués à leurs chefs. »

Quel est leur rôle tactique dans la Grande Guerre ?

« Durant la Première Guerre mondiale, ils se battent sur tous les fronts, notamment dans les Vosges en 1915 et en Italie en 1917 où leur spécialisation montagne est adaptée au combat. Mais ils serviront aussi d’infanterie de choc, comme durant l’offensive de la Somme en 1916. »

Trois chasseurs Alpins

Endurants et bons tireurs, d’Annecy jusqu’à Grasse

Les bataillons de chasseurs alpins sont créés par la loi Reille du 24 décembre 1888 transformant 12 des 30 bataillons de chasseurs à pied existant en leur ajoutant la dénomination “alpins”.

Leur dénomination initiale est ainsi bataillons alpins de chasseurs à pied (BACP), simplifiée progressivement en bataillons de chasseurs alpins (BCA). Ces troupes légères, car plus mobiles que l’infanterie de ligne, ont pour vocation d’explorer les Alpes au cours de la bonne saison, afin d’améliorer leur connaissance du milieu et de repérer les itinéraires d’une éventuelle invasion italienne. Ainsi, ils ouvrent des routes, creusent des tunnels et fondent de petits postes d’observations dans les hautes vallées.

Les chasseurs sont recrutés parmi les populations montagnardes, locales ou non, fournissant des soldats de taille moyenne, endurants et bon tireurs. Leur casernement est logiquement réparti dans les vallées le long des frontières alpines, d’Annecy à Grasse. Parmi les 31 bataillons d’active existant en 1914, trois sont casernés dans les Pays de Savoie : le 11e BCA à la caserne des Fins (futur quartier Galbert) d’Annecy, le 13e BCA au quartier Joppet de Chambéry et le 22e BCA dans la caserne Songeon d’Albertville. En cas de guerre, chacun se dédouble en un bataillon de réserve (51e , 53e et 62e BCA) composé d’hommes de 24 à 34 ans. Les hommes âgés de 35 à 45 ans forment quant à eux deux bataillons territoriaux (1er BTCA d’Annecy et 2e de Chambéry). Un 32e BCA dit « de marche » est créé en 1915 à Chambéry. Ainsi, la Savoie alignera pas moins de neuf BCA durant la Grande Guerre.

Sébastien CHATILLON CALONNE, 11 Nov. 2022