Le Souvenir Français
Délégation de la Haute-Savoie (74)
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Les "Dardas", ces poilus tombés dans le "cul-de-sac de la mort"

Des tombes dans le cimetière français de Seddul-Bahr, dans les Dardanelles, en Turquie.

Il y a 108 ans, les forces franco-britanniques évacuaient les Dardanelles, en Turquie, après de longs mois de combats contre les forces ottomanes. Un échec cuisant qui plongea les poilus des "Dardas" dans l’oubli.

Le 20 mai 2023, le Général Louis CHAMPIOT, membre du Comité du Souvenir Français de VALLÉE VERTE - QUATRE RIVIÈRES, se recueillait sur les Tombes des soldats Morts pour la France au cimetière de SEDDUL-BAHR , en Turquie.. Il nous a fait parvenir quelques photos et ces quelques lignes.

"Je suis ici pour que la France n'oublie pas ses enfants morts pour elle. Il ne m'appartient pas de juger la guerre des Dardanelles. Ma génération et les générations à venir ne doivent jamais oublier! Merci au gardien qui entretient très bien ce cimetière. Nos Soldats reposent dans un beau site."

Le cimetière français de Seddul-Bahr, en Turquie, a été inauguré en 1930. Il y en avait quatre à l'origine, avant que tous les corps ne soient rassemblés à cet endroit.

Un fiasco franco-britannique

Ces poilus sont tombés très loin de chez eux, lors de combats qui opposèrent dans cette région des Dardanelles, en Turquie, les forces franco-britanniques à celles de l’Empire Ottoman, allié de l’Allemagne. Cette expédition est initiée en mars 1915 par un certain Winston Churchill, alors premier Lord de l’Amirauté, pour prendre le contrôle du détroit, un passage maritime convoité menant à la mer Noire, et ainsi ravitaillé la Russie. L’opération vire au carnage.

Pendant neuf mois, les 79 000 soldats du corps expéditionnaire français vont connaître des souffrances terribles dans cette région surnommée à l’époque le "cul-de-sac de la mort" par le reporter de guerre Albert Londres. L’environnement y est particulièrement hostile, du fait d’un relief difficile constitué de massifs rocheux et d’une chaleur écrasante durant l’été. Les "Dardas", affaiblis par de nombreuses maladies, sont immobilisés sur des bouts de plage à la merci des tirs des Ottomans regroupés sur les hauteurs.

Très vite, les Alliés prennent conscience du désastre et cherchent une porte de sortie. "Il y a eu une sous-estimation de l’ennemi alors qu’on savait pourtant que depuis plusieurs années des officiers allemands encadraient l’armée turque. On pensait encore que les Ottomans étaient mal équipés et qu’ils étaient particulièrement rustiques", résume le lieutenant-colonel Max Schiavon, auteur du "Front d’Orient". "Ensuite, cela a été très mal préparé que ce soit au niveau maritime ou terrestre. Tout était à l’avenant. On ne savait même pas comment débarquer. On a mis une dizaine de chaloupes derrière des petits remorqueurs et les soldats se sont heurtés à des falaises dès leur arrivée. Il n’y avait rien pour les nourrir et pour les faire boire. C’était vraiment du grand n’importe quoi".

Du côté Français, l’idée émerge d’ouvrir un autre front un peu plus au Nord et d’ainsi aider les troupes serbes alors écrasées par les armées austro-hongroises. À partir de la mi-décembre, les soldats du détroit réembarquent en direction de Salonique en Grèce. "Alors que presque tout avait été mal organisé, la fuite a été un succès magnifique !", souligne avec ironie Max Schiavon. "Ils ont réussi à organiser des manœuvres de diversion. Des détachements vont faire beaucoup de bruit pour faire en sorte que l’ennemi pense que les lignes sont encore occupées. Ils vont aussi placer des mines ou piéger des boîtes de conserve. Quand les Turcs vont enfin se rendre compte que les Franco-Britanniques sont en train de rembarquer, ils n’auront pas assez de temps pour les rattraper".

L'expédition des Dardanelles en 1915

En avril 1915, les unités britanniques et françaises sont déployées sur l'île grecque de Lemnos, proche des Dardanelles, qui devient une base arrière d'où des soldats français embarqueront pour rejoindre le théâtre des opérations.

Un manque de reconnaissance

Le supplice des poilus des Dardanelles n’est pas pour autant terminé. Sur le front d’Orient, ils vont aussi vivre des heures éprouvantes, certains jusqu’à la toute fin du conflit. À leur retour, leur histoire n’intéresse pas grand monde par rapport à ce qu'on vécu les héros de Verdun ou du Chemin des Dames. Alors que dans les pays de l’ancien Empire britannique, cette expédition reste gravée dans les mémoires, du côté tricolore, elle est tombée aux oubliettes. Pour Madeleine Stocanne, présidente de l’Association nationale pour le souvenir des Dardanelles, la France a choisi après-guerre de privilégier la mémoire du front occidental. "Dans les Dardanelles, le théâtre des opérations se trouvait à près de 3 000 km, sur un sol étranger, alors que dans le même temps on se battait sur le sol français où la patrie était menacée, ce qui n'a pas été le cas pour les Britanniques", explique cette ancienne avocate dont le père a combattu en Turquie.

Le voile jeté sur cet épisode français de la Grande Guerre n'est pas sans conséquences sur les "Dardas", comme l'a constaté Max Schiavon : "La Poste va émettre des timbres sur les différentes batailles, mais rien sur les Dardanelles. En France, il n’y a qu’un seul monument pour les poilus d’Orient. Il se trouve à Marseille".

Général Louis Champiot

Comité du Souvenir Français (74), Article du 25 May 2023
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